L’ancien ministre de l’information et de la communication sous l’ère CNDD version Moussa Dadis Camara (2008-2009), était à la barre du tribunal criminel de Dixinn, délocalisé à la Cour d’appel de Conakry ce lundi 13 novembre 2023. Tibou Kamara a donné sa version des faits dans les douloureux évènements du 28 septembre 2009. Mais avant, l’ancien et brillant journaliste a juré dire la vérité, toute la vérité, rien que la vérité.
Devant le juge Ibrahima Sory 2 Tounkara, Tibou Kamara a centré sa narration sur trois (3) axes. Après le voyage sur Labé, il est largement revenu sur la conversation téléphonique du capitaine Moussa Dadis Camara avec le président de l’UFR, Sidya Touré, la veille des évènements ayant endeuillé plus de 150 civils selon l’ONU.
‘’J’étais à la maison dans mon lit, quand j’ai reçu l’appel du capitaine me demandant si c’était possible de venir le voir au camp. C’étais très courtois et poli de sa part de demander si c’était possible, si j’étais disposé, d’aller le rencontrer. Juste quand j’ai raccroché le téléphone, je me suis déjà mis en route pour arriver au Camp. Je suis donc arrivé au Camp Alpha Yaya, l’ambiance était un peu morose, parce que habituellement, comme je l’ai dit, c’est dans la nuit que le travail se fait. Le camp Alpha Yaya ressemblait à une grande agglomération à l’époque, mais comme on rentrait tous d’un voyage et la plupart d’entre nous avaient effectué le déplacement, il n’y avait pas grand monde, je n’ai pas eu du mal, ni mis du temps à traverser le salon qui mène à gauche à son bureau et à droite à son appartement. Lorsque j’ai pénétré dans son appartement, le capitaine n’avait même pas de tenue, il était très fatigué, j’ai compris qu’il sortait à peine du lit, compte tenu sans doute par des informations qu’il a reçues par rapport à la préparation de la manifestation.
De toutes les façons, il n’était pas en tenue de travail et il n’était pas derrière son bureau. Donc, il s’est rappelé de la discussion qu’on avait eu à Labé et de ce que j’avais fait comme observation et il souhaité à ce qu’on reprenne les discussions. Nous avons refait la discussion et à la fin, il était d’accord d’aller vers les organisateurs de la manifestation, pour trouver un accord avec eux sur les conditions et les modalités de l’organisation de leur manifestation. C’est à sa demande, ce n’est pas moi qui avais pris l’initiative, c’est par sa demande que j’ai appelé l’ancien Premier Ministre, président de l’UFR, monsieur Sidya Touré. Et je vous dis à stade, ce n’est pas pour la première fois pour le président Moussa Dadis. Ceux qui l’ont connus, savent que rarement lui il utilise son téléphone, son téléphone était tout le temps fermé. Il l’ouvrait c’est lorsqu’il veut appeler un proche ou une tierce personne. Sinon, la plupart du temps, c’est à partir des téléphones de ses collaborateurs que nous parvenons à appeler. Ce n’était un homme qui était accroché sur le téléphone. Donc, j’ai appelé le président de l’UFR et je lui ai dit ne pas quitter, je vous passe le président. Donc, capitaine a commencé la conversation dans la civilité habituelle et il a dit qu’il est d’accord que la manifestation ait lieu, mais qu’il avait deux (2) points sur lesquels il voulait discuter avec lui. Le premier point, la date du 28 septembre, il a estimé que c’est une date historique qui est réservée à la mémoire des guinéens, comme étant une fête qui a permis de recouvrer notre indépendance ou de célébrer la fierté recouvrer, qu’il souhaitait que l’on épargne à cette date les conflits liés à des protestations, liés à des manifestations et qu’après 28 septembre, n’importe quelle autre date du choix des organisateurs était agréée par lui pour faire leur manifestation.
La deuxième chose qu’il a demandée, c’est de délocaliser la manifestation du 28 septembre vers le stade de Nongo. Si mes souvenirs sont bons, c’est parce qu’à cela cette époque là, il y avait des travaux au stade du 28 septembre en prélude à un match international. Il a souhaité que la manifestation n’ait pas lieu au stade du 28 septembre, parce que ce n’était pas appropriée pour la circonstance. Je souhaiterais rappelé que monsieur Sidya Touré a expliqué que l’heure était un peu tardive et qu’il lui aurait été difficile à une heure aussi tardive dans la nuit, de pouvoir discuter avec les co-organisateurs de la manifestation et les convaincre du report, parce qu’on était plus à quelques heures de la tenue de leur manifestation. Et la deuxième chose, il a voulu rassurer le capitaine Moussa Dadis Camara, que la manifestation sera pacifique. De toutes les façons, ce qu’ils ont prévu dans leur programme, c’est de venir rencontrer les militants, prononcer un discours à la circonstance et après repartir à leur domicile. Le capitaine a demandé encore de reporter la manifestation à une date ultérieure et de bien vouloir organiser la manifestation au stade de Nongo. Et puis, l’appel a été interrompu, le capitaine m’a remis le téléphone pour rappeler encore Monsieur Sidya Touré, je l’ai rappelé, ils ont refait la même conversation dans les mêmes termes face au même blocage. Et ensuite, le téléphone une nouvelle fois ne passait plus et quand le capitaine m’a redonné pour rappeler une nouvelle fois monsieur Sidya Touré, le téléphone ne passait plus bien-sûr, parce qu’il était éteint. Donc, j’ai pas voulu dire cela au capitaine pour ne pas l’énerver, pour ne pas créer un conflit avec monsieur Sidya Touré, je l’ai simplement dit que le téléphone ne passait plus et on va essayer d’appeler les autres organisateurs. On a essayé avec Cellou avec d’autres, mais coïncidence : aucun des téléphones ne passait. Et donc, finalement, comme on arrivait plus à joindre personne à commencer par le premier interlocuteur, moi j’ai vu le président Dadis un peu déçu de n’avoir pas trouver un accord. Mais il y avait encore de l’espoir, parce que malgré cette tentative qui n’avait pas abouti le lendemain, il était question que les chefs religieux prennent la relève pour continuer les discussions avec les forces vives de manière à parvenir à un consensus. C’est dans cette optique que les chefs religieux se sont rendus très tôt dans la matinée du 28 septembre pour rencontrer Jean Marie Doré et d’autres leaders à son domicile. La rencontre a bel et bien eu lieu, mais je ne peux dire ce qu’il en était parce que je n’étais pas présent et témoin de la scène, mais je connais l’esprit qui a prévalu à la rencontre entre les religieux et les forces vives, c’était de faciliter le processus de discussion de médiation entamée la veille et qui était le 27 septembre inachevée. Parce qu’on n’a pas pu aller au bout de la conversation avec Monsieur Sidya Touré et on n’a pas trouvé l’accord que nous avons souhaité avec les forces vives par rapport à l’organisation de la manifestation qu’ils avaient projeté. Voilà de ce qui est de l’appel intervenu entre le capitaine Moussa Dadis Camara et monsieur Sidya Touré’’, a-t-il relaté à la barre.
Facinet CAMARA, pour Lerevelateur224.com.
