Les faits se sont produits le lundi 11 septembre dernier. Mariam Kalivogui, nourrice, a été brièvement interpellée suite à une plainte, par la gendarmerie mobile de Kissidougou, où elle a passé la nuit, avant d’être libérée le lendemain dans l’après-midi. Et pour cause : La mère de famille n’a pas remboursé à temps un emprunt qu’elle a contracté auprès des expatriés Egyptiens vendeurs d’ustensiles de cuisine à Kissidougou.
Ibrahima Koivogui, époux de Mariame Kalivogui, qui s’est confié à notre rédaction depuis Siguiri où il a élu domicile depuis quelques temps pour des activités d’orpaillage, est revenu sur l’origine de l’interpellation de sa femme.
‘’Le lundi passé vers 16h, j’ai reçu un appel. La personne qui m’a appelé s’est présentée comme un gendarme, quand-même il ne m’a pas donné son nom. Moi aussi je n’ai pas demandé son nom. Il m’a dit que c’est à propos de ma femme, qu’on a porté plainte contre ma femme. J’ai ensuite demandé qui a porté plainte contre ma femme ? Il dit que ma femme a pris des ustensiles de cuisine avec les Egyptiens, à une valeur de 1 300 000 GNF, qu’elle n’a pas payée l’argent, donc, une plainte a été portée contre elle.
Directement, j’ai échangé avec Madame, elle a confirmé l’information. Après, le même Gendarme m’a appelé, je lui ai dit comme je n’étais pas au courant, mais pardon, il faut leur dire de me donner un délai de un (1) mois, comme je suis déjà à Siguiri comme ça, je ne suis pas à Kissidougou, mais bientôt je serais à Kissidougou. Dès que j’arrive, je vais essayer de payer l’argent. Le gendarme m’a dit attend, comme les Egyptiens sont repartis d’abord à la maison, il faut attendre, dès qu’ils seront là dans mon bureau, je vais leur expliquer ce que tu viens de dire. S’ils acceptent, on va faire un papier, avant ce délai, tu vas essayer de rembourser leur argent. J’ai dit d’accord. Mais après 1h de temps, je reçois encore l’appel du même gendarme. Il me dit que ce que tu m’avais dit là, je les ai expliqués, ils ont accepté. Donc, il faut te battre pour payer leur agent avant la fin de ce délai.
Après il me dit, comme toi tu n’es pas à Kissidougou, tu es à Siguiri, il faut essayer d’appeler un de tes parents, il va venir à la gendarmerie pour signer un engagement à ta place. C’est ainsi que j’ai appelé ma grande sœur, elle est partie avec mon frère à la gendarmerie, et elle a signé.
Après la signature, les Egyptiens sont partis laisser ma femme avec ma grande sœur au bureau du gendarme. Finalement, qu’est-ce que j’entends ? Ma femme m’appelle, elle me dit le gendarme qui est là me dit que je ne peux pas sortir. Je lui ai demandé pourquoi ? Elle dit que le gendarme lui a dit de payer 500 000 GNF. Directement, j’ai appelé le gendarme. Je lui ai demandé ce qu’il disait, il a rétorqué en disant que ta femme ne peut pas sortir, il faut qu’elle paye 500 000 GNF. Je lui ai demandé l’argent là c’est pour faire quoi ? Pour les Egyptiens ou quoi d’autres ? Il m’a répondu que ce n’est pas pour les Egyptiens, que ça c’est pour eux là-bas. J’ai demandé quelle est la loi qui vous demande ça ? Pour le cas des Egyptiens, ces gens-là nous ont accordés un délai d’un mois comme ça. Moi je me suis engagé que je vais payer. Il a insisté sur sa position, que tant que les 500 000 GNF ne sont payés, ma femme ne va pas sortir de la gendarmerie mobile. J’ai compris que c’est devenue autre chose.
Malgré tous mes appels, il a décidé que ma femme ne sortira pas sans payer l’argent. Ma femme a ainsi passé la nuit à la gendarmerie mobile là-bas avec notre bébé de 7 mois. C’est seulement le lendemain, c’est-à-dire le mardi vers 16h, que ma femme a été libérée’’, s’est-il confié à un journaliste de notre rédaction.
Du côté de la gendarmerie, on nie toute implication dans cette affaire. D’abord, le premier gendarme, qui a géré ce dossier, un certain Colonel Sacko, affirme n’avoir jamais eu connaissance d’une telle situation, avant de nous larguer au nez.
‘’Venez voir ce qui se passe ici pour constater par vous-même. Vous voulez une information non, venez ici. Moi je n’ai pas géré ce dossier. Je ne connais rien dans ça. Moi je ne veux pas de problème. Je ne connais rien dans ça’’, s’est-il défendu tout court, alors qu’un de ses collègues qui était de garde ce jour, assure avoir aperçu la femme en question à la gendarmerie mobile avec son nouveau-né. Sauf que lui aussi, déclare ne pas être associé à cette affaire.
‘’Moi, ce jour, j’étais en service. C’était mon tour de garde. J’ai vu la femme, mais je ne connais pas le dossier. La femme du monsieur m’a juste demandé de l’aider à avoir un appel téléphonique, pour joindre son mari. Ce que j’ai fait. Le dossier là, moi je ne connais rien dans ça. C’est le Colonel Sacko qui gère le dossier. Il est le commandant de la gendarmerie mobile de Kissidougou’’, a rejeté pour sa part, Bangaly Camara, un des agents qui était de garde ce jour à la gendarmerie mobile de Kissidougou.
Déçu du comportement de la gendarmerie mobile de Kissidougou, Ibrahima Koivogui, époux de Mariame Kalivogui, annonce des actions en justice. Il déplore le fait que les gendarmes se sont permis de détenir une nourrice avec son bébé de sept (7) mois, toute une nuit, juste pour des raisons pécuniaires.
‘’J’ai essayé de contacter un avocat à Kissidougou là-bas. Mais ce dernier aussi m’a dit que c’est des cas qui sont très récurrents actuellement en Guinée. Que ce n’est pas facile, même si j’arrive à porter plainte contre la gendarmerie, je ne vais pas aboutir. Ce qui m’a poussé à venir vers les médias, pour faire comprendre aux autorités ce qui se passe à Kissidougou. J’ai décidé, dès que j’arrive à Kissidougou, je vais porter plainte contre la gendarmerie’’, a annoncé M. Koivogui.
Madiou.
