Il paraît qu’un certain Ali Mahaman Lamine Zeine est devenu Premier ministre, parce qu’il ne l’est que de nom , nommé par le Général Aboudrahmane Tchiani, à la tête d’une junte qui croit pouvoir disposer de l’Etat du Niger, retenir en otage le peuple nigérien à la suite de son Président, auquel une réclusion forcée est imposée.
Ali Zeine, drapé dans son boubou , a cru devoir s’adresser à la presse nationale et internationale. Pour un baptême de feu attendu, ce fut un flop médiatique qui a étalé au grand jour les lacunes et forfanteries d’un homme en terrain inconnu dans les mains de barbouzes , petits comédiens d’un feuilleton tragique qu’on pourrait intituler : le mignon et les bêtes.
Le Premier ministre du général, aux étoiles pâlissantes, Tchiani, s’est donné, lui aussi, en spectacle, dans le sillage des putschistes : Dis-moi, qui tu hantes, je te dirai qui tu es.
Ali Zeine, présenté comme un économiste et technocrate, a montré qu’il a désappris dans sa matière, se révèle aussi un piètre politique novice en diplomatie.
En tirant la couverture sur lui pour convaincre qu’il fut un bon ministre des finances sous le règne du défunt Mamadou Tandja emporté par un coup d’Etat consécutif à un virage totalitaire, il s’en mêle les pinceaux. Il pointe la dette. Soit ! Là où il faut avancer la précision des chiffres, il se perd dans de vagues conjectures et verbiages.
Qu’à cela ne tienne ! S’il y a un domaine où il y a une belle unanimité, c’est bien celui des performances économiques prodigieuses du Président légitime du Niger, Mohamed Bazoum, fervent adepte de la gouvernance vertueuse, de l’inclusion financière et sociale.
À propos de l’endettement, dans toutes les économies citées en exemple pour leur bonne croissance, le seuil n’est plus trop limité, parce que les États s’endettent, inconsidérément, pour glaner les ressources nécessaires à combler les énormes besoins du développement économique et social. Notre économiste éclairé dont la lucidité était déjà discutable depuis qu’il a décidé de s’embarquer avec une junte appelée à disparaître, ne le sait pas, désormais, incapable de discernement.
En tout cas, les Nigériens, qui n’ont pas la mémoire courte, ont encore en tête, la banqueroute héritée de lui après la chute brutale du régime qu’il servait.
L’opinion a entendu aussi, avec stupeur, Ali Zeine, annoncé le départ prochain des troupes françaises du Niger , à la faveur de conciliabules, loin des regards et des projecteurs.
Selon un proche du dossier il s’agit “d’un dialogue seulement au niveau local, entre militaires et certainement pas une discussion entre Paris et la junte”
Alors que sur la question, le Président français, Emmanuel Macron, s’est voulu clair, ferme et catégorique, en déclarant qu’il ne cédera pas aux injonctions de putschistes ni au chantage de mouvements de rue, commandités et instrumentalisés, à souhait. Maintenant, c’est la parole, en l’air, d’un larbin de la junte qui compte ou les propos d’un président élu d’une des puissances mondiales ?
L’autre manœuvre de diversion qui transpire la manipulation de l’opinion, c’est lorsque Ali Zeine, pince sans rire, fait miroiter un accord avec la CEDEAO. La réponse du porte-parole de la CEDEAO sur France 24 a été très claire, il a démenti avec force les propos du premier ministre de la junte et a réitéré les exigences de la communauté, à savoir le retour à l’ordre constitutionnel et la réinstallation du président démocratiquement élu Mohamed Bazoum dans ses fonctions. Il n’y a pas selon lui d’autres alternatives.
L’unique issue est de se plier aux exigences de la CEDEAO, connues de tous : la libération du Président Bazoum et son rétablissement dans ses fonctions. Peut-être, qu’ensuite, les putschistes pourront négocier leur reddition et sortie honorable ‘. Massoud, enfonce le clou : ‘ il n’y a pas d’autres alternatives. .
Les nigériens doivent savoir que si le Président Ahmed Bola Tinubu n’a pas voulu précipiter l’opération, c’est pour épuiser toutes les voies de recours, donner toutes les chances à un règlement pacifique de la crise, c’est pour aussi permettre à la partie de son opinion qui en doutait de réaliser concrètement que les putschistes nigériens sont de mauvaise foi, que l’action de la CEDEAO n’est pas dirigée contre le peuple du Niger, mais vise plutôt à neutraliser une cohorte d’officiers qui le prend en otage ‘.
Ali Zeine n’est pas aussi fou que ça car il a reconnu qu’à tout moment, la CEDEAO qui a tout essayé, pourrait utiliser le bâton, pour les frapper, sa bande et lui. Ce n’est pas quelques tractations de couloirs de chefs de tribus et notables religieux qui y changeront quelque chose. Le ministre des affaires étrangères de la junte qui s’est rendu à Abuja, le sait. Reçu par les services nigérians, le chef de la diplomatie ayant fermé sa porte au représentant d’un pouvoir illégal et illégitime, le message qui lui a été délivré a consisté à demander à se plier aux exigences de la CEDEAO.
Le Niger, sous la junte dirigée par Tchiani est un mauvais mélange de genres et une inversion de valeurs qui donne le tournis : d’un coté, Issoufou, le cerveau du coup d’Etat, de l’autre côté Hama Amadou, en embuscade, au milieu, une junte d’officiers qui ne se connaissent pas, ne s’aiment pas non plus. Plus loin, un Premier ministre en carton, marginal face à des médiateurs puritains purs et durs commis à la tâche d’obtenir la levée des sanctions subies, de plein fouet, qui peuvent s’accommoder du mariage de tous dans un groupe hétérogène mais ne seront jamais d’accord avec la vie privée du premier qu’ils considèrent comme contre-nature.
Ali Zeine, s’est condamné à l’enfer des mauvaises mœurs démocratiques avec des pantins militaires infréquentables qui veulent jouer aux marginaux comme lui.
Docteur Mohamed Camara
