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Plaidoyer pour les enfants de l’axe (suite) : agissons sans que la justice ne sévisse !

13 août 2022

 

« Il est impératif pour l’Etat de mettre fin à l’utilisation des enfants par qui que ce soit et pour quelque motif qu’il soit, dans le cadre des manifestations sociopolitiques et de situer la responsabilité des parents, tuteurs et autres personnes légalement responsables… », avait déclaré le ministre de la Justice faisant suite aux manifestations lancées par le Front National de Défense de la Constitution (FNDC), la dernière semaine du mois de juillet 2022 à Conakry.

Voilà que le Ministère de la Justice active son arsenal répressif malgré mon premier plaidoyer (à lire https://mosaiqueguinee.com/quelles-solutions-pour-les-enfants-de-laxe-plaidoyer-pour-les-enfants-mamadou-oury-sidibe/) invitant les acteurs à la mobilisation et à l’action pour éviter des situations plus complexes comme celle des enfants en conflits avec la loi.

Une fois encore, je déplore de voir des images sur les réseaux sociaux concernant les dernières manifestations du FNDC, nos enfants, même âgés de moins de dix (10) ans, être au-devant de la scène en opposant une résistance farouche face aux agents de Forces de Décences et de Sécurité (FDS). A les voir en action, on comprendrait aisément que ces enfants méconnaissent totalement le danger auquel ils sont exposés au point de se poser un certain nombre de questions.  Qui sont et où sont les parents de ses enfants ? Lesdits parents se réjouiraient-ils d’être à l’abri de ces jets de gaz lacrymogènes, assis tranquillement chez eux, pour voir dans une vidéo leurs fils braver à l’aide des pierres les agents de FDS dotés de tout leur arsenal de protection individuelle et de répression ?  Qui se réjouirai encore de clamer la victoire d’une manifestation organisée dont plus de la moitié des participants seraient des enfants ? Faudrait-il que l’Etat (à travers son ministère de la justice et des droits de l’homme) se contente de sanctionner les faits en lieu et place de les prévenir et les encadrer avec professionnalisme ?

Dans un tel contexte, il est permis de déclarer qu’en Guinée, la question de la protection des enfants doit être traitée comme une URGENCE au même titre que les épidémies de la maladie à virus Ebola ou la covid_19 qu’a connu notre pays. Tenant compte des conditions de détentions très déplorables dans les maisons carcérales en Guinée où même la population adulte peine à bénéficier le minimum de traitement requis dans le respect de la dignité humaine, ces mineurs déjà affectés par une profonde vulnérabilité seront sévèrement fragilisés dans ces milieux.  C’est tout leur développement physique, psychique et psychologue qui est mis en péril. En prison ou en détention, ils sont privés d’une bonne éducation et de la scolarisation, leur état de santé sera dégradé par les conditions précaires de détention et le manque d’hygiène les exposant à des maladies de tout genre. Sans perdre de vue qu’ils sont privés de leur droit au loisir et à un environnement sain. Bref, la détention ou l’emprisonnement des enfants doit être une mesure de dernier ressort et pour une durée aussi brève que possible comme dispose la Convention des Droits de l’Enfant (CDE).

Approche fondée sur la famille et la communauté

Au regard de cette situation qui se dégrade en faveur des enfants, je recommande le renforcement de l’approche fondée sur la famille et la communauté comme principe de base devant servir à la protection des droits des enfants y compris leur doit à la vie. Ceci est loin de désengager l’Etat qui a la responsabilité première de la protection des tous les enfants y compris ceux de l’axe. L’Etat doit promouvoir l’établissement et la mise en œuvre des systèmes de protection de l’enfant. L’article 2 de la Convention des Nations Unies relative aux droits de l’enfant dont la Guinée a signé et ratifiée stipule que: « Les Etats parties s’engagent à respecter les droits … et à les garantir… à tout enfant relevant de leur juridiction sans distinction aucune, indépendamment de toute considération de race, de couleur, de sexe, de langue, de religion, d’opinion politique ou autre de l’enfant ou de ses parents ou représentants légaux, de leur origine nationale, ethnique ou sociale, de leur situation de fortune, de leur incapacité, de leur naissance ou de toute autre situation ». Mon premier plaidoyer aborde suffisamment les axes concernant le rôle de l’Etat dans la protection des enfants (y compris ceux de l’axe).

Pour revenir à l’approche fondée sur la famille et la communauté que je défends en tant qu’élément central dans la prise en charge et la protection des enfants, il est avant tout d’abord une obligation pour les parents et tuteurs d’empêcher leurs enfants toute participation à des manifestations socio-politiques mettant en danger leur intégrité physique. C’est à ce niveau que la déclaration du Ministère de la justice est importante afin de rappeler aux parents leur responsabilité et sévir contre les négligents, conformément à la loi. Cependant, poursuivre certains parents fautifs ne suffirait pas comme solution sans d’autres dispositifs de prise en charge des enfants de la rue ou ceux dont les parents n’ont pas été retrouvés ou sont incapables d’assurer pleinement leur garde. C’est le moment d’interpeller les partenaires techniques et financiers œuvrant dans la protection de l’enfance telles que le Fonds des Nations Unis pour l’Enfance (UNICEF), ChildFund, SOS villages des enfants en Guinée et tant d’autres, afin de s’activer davantage dans l’accompagnement de l’Etat à la mise en place de dispositifs et d’interventions adaptés et efficaces pour une meilleure protection de ces enfants en guinée.

La kafalahde islamique, l’autre dispositif de protection à promouvoir

Pour les enfants dont les parents sont incapables d’assurer la garde et les enfants abandonnés, le modèle de la « Kafala » pourrait être une alternative en complément des dispositifs de protection de l’enfance en Guinée.  C’« est une procédure d’adoption spécifique au droit islamique, qui interdit l’adoption plénière, et s’oppose en général à la procédure d’adoption au nom de la famille, considérée comme pilier de la société ». Un pays à majorité musulmane comme le nôtre devrait avoir tout l’engouement pour ce modèle pour sauver des enfants nécessiteux et espérer la meilleure récompense Divine à l’au-delà. Les enfants, en particulier naturels (nés hors mariage) par exemple, pourraient donc bénéficier d’une protection de remplacement par une famille adoptive tout en gardant leurs patronymes d’origine.  La kafalahde du droit islamique est reconnue par l’article 20, alinéa 2 de la Convention relative aux droits de l’enfant de 1989.

Quant aux organisateurs de toute manifestation, la mise en place d’un dispositif efficace de protection et d’encadrement des enfants qui se retrouveraient dans les mouvements ou dans la rue les jours de manifestation doit être un IMPERATIF. D’ailleurs, ces moments de manifestations devraient être mis à profit par le ministère de l’action sociale et de la protection de l’enfance et les partenaires pour l’identification de tous les enfants mineurs rencontrés dans la rue et d’analyser leurs situations pour une meilleure prise en charge.

Au-delà de ce problème de protection des enfants, il faut garder à l’œil le défi majeur pour la Guinée à atteindre les indicateurs des Objectifs de Développement Durable (ODD) à l’horizon 2030 portant sur l’éducation de qualité (ODD 4) et celui de la Paix, justice et institutions efficaces (ODD 16) qui, visiblement se détériorent progressivement d’année en année.

Epargnons les enfants de nos différends et de nos combats politiques émaillés de violences et de pertes en vies humaines.  Garantissons leur droit à la santé, à l’éducation, au logement, à la nourriture, à l’habillement, au loisir, à la sécurité… pour un meilleur avenir.

En attendant, que les jeunes, les adultes, les femmes, les religieux et même ceux de la diaspora, jouissant au moins le droit de vote, se lèvent pour mener le « noble » combat au nom de la démocratie et de la liberté en préservant les droits des enfants. 

Mamadou Oury SIDIBE,

Assistant social

Diplômé du CESAG-Dakar

Ancien Coordinateur pays de l’OPALS

Téléphone : +224 622 147 952

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