Non ! Les guinéens ne peuvent pas se permettre de bâcler cette transition pour des questions politiques ou électoralistes. L’ampleur du désastre qu’était la gestion de la Guinée depuis plusieurs décennie est aujourd’hui connue de tous . Le choc est si puissant qu’il constitue un traumatisme profond pour les individus comme pour la collectivité . Même si l’on se mettait à imaginer que, dans le court terme, le pays pourrait reprendre une vie normale grâce aux secteurs miniers et ce qui me paraît peu probable, les veines du pays resteraient encore ouvertes pendant plusieurs décennies .
Des questions essentielles demeurent. Quelle est la place réelle de vivre commun ? Peut-il penser son avenir en dehors de la perspective d’une refondation de l’Etat ? Et cette refondation est-elle possible si la communauté internationale notamment la CEDEAO doit prendre appui sur la seule question électorale ?
Tout laisse à penser que nous serions en Guinée à l’an 65 de son histoire et qu’il devient difficile de vivre indéfiniment dans le seul ressassement des gloires passées de la période de l’indépendance. Une rupture s’impose avec notre manière d’habiter le pays, mais cette rupture ne se produira pas automatiquement sur la seule base du choc brutal des élections ni dans l’oubli de la situation qui prévalait le pays avant le coup d’état du 5 septembre 2021. On ne dit pas assez le pays était abandonné par la communauté internationale, le dialogue impossible, les positions se radicalisaient et les libertés publiques et individuelles étaient menacées et confisquées pour certains . Le pays était mal gouverné et se dirigeait vers une guerre civile. Les élections n’ont pas évité à a Guinée la désescalade sociale.
La caractéristique principale de l’Etat Guinéen a été son impuissance à répondre à un certain nombre de revendications de base exprimées depuis plusieurs décennies: la détérioration des niveaux des apprenants, l’inadéquation entre formation et emplois, la faiblesse de l’enseignement supérieur et de la recherche, demande d’électricité et d’eau potable (48% de la population y ont accès), demande de sécurité pour le citoyen et la propriété, lutte contre la corruption et l’impunité relative au vol des biens publics et aux actes de banditisme.
Emmuré dans la capitale qui regroupe le quart de la population, l’Etat guinéens a abandonné les villes et les campagnes à elles-mêmes ; il a fonctionné comme un Etat à deux vitesses acceptant une sorte d’apartheid social avec une majorité de guinéens comme citoyens de seconde zone. On se souvient que les discours enflammés des candidats pendant les meetings électoraux surfaient sur cette situation de misère généralisée des guinéens. L’instrumentalisation de la communauté ou de la région comme une arme politique sont facteurs qu’il faut corriger pendant cette transition.
Qu’en était -il du régime de déchu? La contestation qui se radicalisait après chaque élection. Les tueries, l’assassinat d’Etat,les leaders politique arrêtés, d’autres poussés à l’exil, cette situation commençait à s’étendre dans plusieurs secteurs.
Presque tous les partis politiques mettaient en question la légitimité de la CENI, la déliquescence de l’Etat, reprochaient à l’exécutif son refus de reconnaître la défaite, les tribunaux déboutaient systématiquement les recours des opposants , et donc la volonté de centraliser toutes les décisions importantes depuis le palais national, comme par exemple la prolongation du mandat des députés au-delà des 5 ans prescrits.
Bref, cette politique partisane habillée du langage de la démocratie et de la stabilitée du pays est une hypothèque qui pèse sur la nécessaire réfondation de l’Etat. L’injection massive d’argent pour le développement a servi à un moyen de campagne. La quasi inexistance de l’administration à l’intérieur du pays. Pour penser la réfondation de l’Etat en Guinée , il y a des conditions incontournables qu’il convient de mettre en place face à la situation absolument inédite créée par plusieurs années de gestion calamiteuse par les politiques .
Tout d’abord, le silence total de la communauté internationale notamment la CEDEAO et son désarroi dans les jours qui ont suivi de l’acquisition du 3 eme mandat et la répression qui en ont suivi .
Les élections peuvent -elles produire des effets positifs durables en s’appuyant sur un partenaire défaillant ? Si l’on admet que les pays de la CEDEAO ne doivent pas être des Etats qui viennent se substituer à l’Etat Guinéen, ou tout simplement le coiffer, il faudra, sur la base d’un sursaut de la société civile et des partis politiques (mais pas de manière irénique), proposer de mettre en place une représentativité nationale regroupant tous les secteurs et toutes les catégories sociales, en vue d’un partenariat avec la communauté internationale comme tel est le cas avec le CNT .. Ce que représente Guinée dans l’histoire du droit et de la liberté ne doit pas disparaître ni subir la dilution.
La politique qu’il convient de promouvoir devra donner la priorité à l’éducation, négligée depuis 20 ans, ainsi qu’à un système de justice qui soit impartiale gage de la paix de la sociale…Améliorer les comptes publics:Pendant des années, le gouvernement guinéen a annoncé des projets d’infrastructure et de développement de grande ampleur dans tout le pays , mais les fonds nécessaires sont passés entre les mains des élites locales, qui ne les ont pas investis dans les services publics. Encourager la réconciliation
Les tensions ethniques ont été ravivées pendant les périodes électorales !!!
Maf Dramé.
