Dans les années 1990, l’avènement de la démocratie en Afrique francophone avec le discours de la Baule de François Mitterrand par l’instauration du multipartisme a laissé entrevoir l’abandon voire le bannissement total des coups de force dans la prise du pouvoir. Malheureusement depuis 2020 les coups D’Etat, sont de retour particulièrement dans la zone CEDEAO. Le Mali, la Guinée et depuis hier le Burkina Faso sont dirigés par des militaires.
Les raisons de ce recul démocratique sont à la fois diverses et variées. À cet effet l’on peut relever les faits suivants:
1) l’échec de l’élite africaine :
L’élite africaine notamment la classe politique dans une large majorité a échoué dans la gouvernance des États. Les dirigeants élus et les usurpateurs de pouvoir n’ont pas pu en trois décennies d’exercice de pouvoir résorber les problèmes du moins améliorer les conditions de vie leurs compatriotes. Les besoins primaires tels que : la nourriture, le logement, l’éducation et la santé sont un luxe pour de nombreuses populations à travers la sous région. Ainsi bénéficiant d’une relative liberté d’expression, des citoyens multiplient les contestations partout. Du coup Les chefs sont décriés, la stabilité politique est menacée parce que les peuples deviennent de plus en plus exigeants. L’irruption du religieux imam Dicko sur la scène politique au mali en est une parfaite illustration de l’échec de l’élite africaine.
2) l’ethnocentrisme et le régionalisme : en effet, le fait que dans la sous régions les partis politiques et les leaders se constituent ou s’appuient sur leurs ethnies et régions pour conquérir ou conserver le pouvoir pose un énorme problème à la démocratisation de la sous région. Cela contribue à la division et à l’exacerbation des tensions et violences.
3) le reniement de la séparation des pouvoirs : en Afrique de l’ouest le principe de la séparation des pouvoirs ressemble bien à une simple pétition pour orner les constitutions. Si bien que cette séparation de pouvoir est vidé de son contenu par l’hypertrophie des pouvoirs qui sont concentrés entre les mains des chefs D’État qui gèrent et contrôlent tout sans partage ; ils ont à la fois l’exécutif, le législatif, et même le judiciaire.
4) la faiblesse du système de défense et de sécurité des États:
La flambée du terrorisme au sahel a révélé plusieurs défaillances des appareils de défense et de sécurité en Afrique Subsaharienne. Toutes les troupes sont quasiment sans formations, sans équipements de pointe et sans professionnalisme dans l’action. Tout se fait de manière archaïque. À cela s’ajoute l’absence de services de renseignements inter-Etats efficaces capables de collecter des informations fiables à temps afin d’alerter, d’anticiper et de riposter face aux attaques et menaces de déstabilisation. Dans la sous région ouest africaine, la plupart des armées ont été héritées du système colonial qui les a confiné dans le rôle de protection de l’administration et des commis de l’Etat. Elles sont généralement composées d’ethnies minoritaires dont les unités d’élite assurent la sécurité des chefs D’État. En manques de réponses sur le théâtre des combats et subissant des pertes ces armées se retournent aujourd’hui contre leurs propres gouvernants.
5) l’organisation d’élections truquées ou non transparentes :
La plupart des élections en Afrique de L’ouest sont organisées juste pour renforcer ou légitimer les pouvoirs des gouvernants, c’est une simple formalité administrative et un vernis démocratique pour embellir l’image des chefs D’État. Ces élections se font avec des fichiers électoraux non consensuels, le rejet des candidatures influentes de l’opposition et l’usage de la force excessive pour intimider et réprimer les redoutables adversaires.
6) la difficile alternance et le changement constitutionnel:
Nombreux sont les dirigeants ouest africains qui refusent de quitter leurs postes après les mandats qui leur sont dévolus. Pire, ils font des tripatouillages constitutionnels pour se maintenir au pouvoir afin de pérenniser le népotisme. Tout cela entrave l’ancrage démocratique en Afrique de l’ouest.
Enfin, l’ensemble de ces éléments parcourus rend encore d’actualité la question de François Mitterrand qui disait ceci « Faut-il démocratiser L’Afrique ou africaniser la démocratie ? ».
Ibrahima M’Bemba Bah Dc du Bloc LIBÉRAL.
Analyste et consultant politique