J’ai lu l’homélie de la messe pour La paix, l’Unité , La réconciliation et la Prospérité prononcée par Son Eminence Robert SARAH à l’occasion de la célébration de la Nativité de Jésus-Christ. Je suis un peu surpris par les idées politiques qu’on lui prêtent .
On ne peut pas parler de la paix , de la réconciliation , de l’unité sans parler de ce qui nous divise : la mémoire et l’histoire. Sans la vérité , on ne peut pas résaliser la justice et sans cette dernière je doute qu’on puisse parler de prospérité.
Son Eminence a émis des idées auxquelles on peu s’opposer : le bipartisme et la durée de la transition. Pour lui , l’urgence n’est pas la tenue des élections mais la promotion d’un nouveau guinéen. Ne pas être d’accord avec l’autre , c’est le lui dire dans le respect . Il était ,comme toujours , un homme de Dieu qui disait ses convictions profondes et déclarait son amour à notre pays.
Il s’est prononcé sur deux sujets qui n’ont pas plu à tous. Le premier est qu’il a trouvé maladroit que le Président du CNRD a donné le nom de l’aéroport de Gbéssia au défunt
Président Ahmed Sékou Touré. Un » nom qui fait polémique », a-t-il dit .
Il ne dit pas que AST ne le mérite pas ,mais pose la question de l’opportunité d’un tel acte au moment où le CNRD promet le rassemblement et l’unité. Il a raison de se demander comment le Président du CNRD a pu prendre une telle décision qui fausse sa promesse de réconciliation nationale. Par cet acte, le CNRD a rouvert les blessures de nombre de Guinéens qui demandent la vérité , la justice depuis des décennies. En donnant le nom de AST à l’aéroport de Gbéssia , le CNRD a choisi un camp alors que celui qui cherche la réconciliation à défaut d’être un arbitre ne doit pas diviser par ses propos ou actes. L’acte a divisé les Guinéens . Alors était-il opportun ? Voilà la question que pose son propos. Même les symboles les plus forts pour être acceptés doivent tenir compte du contexte . Il aurait fallu humaniser les victimes du régime AST avant de le réhabiliter.
Le second sujet tout aussi passionnant est celui de la restitution des cases de la belle-vue à la famille du défunt président. Pour Son Eminence ce terrain n’est ni à Hadja André Touré , ni à son défunt mari ,mais à Dieu et à l’Eglise. Selon lui, c’est le 1er septembre 1961 que AST a confisqué le domaine du séminaire de Dixinn pour y construire des villas destinées à accueillir ses hôtes de marque. Cette affirmation pose les problèmes qui sont : l’Eglise pouvait-elle ( au moment de la colonisation) légalement accueillir un terrain en Guinée ? Pouvait-on lui exproprier un bien immobilier ? Peut-on rendre à une famille un bien immobilier qui lui ne lui revient pas ?
Son Eminence a bien dit qu’il admire AST pour le fait qu’il n’a jamais pris un bien d’autrui pour se l’attribuer comme propriété personnelle. Comme il a dit que les faits historiques ne mentent pas et ne peuvent être falsifiés , ceux qui voudraient lui reprocher quoi que ce soit devraient lui demander des faits , les preuves matérielles de la posséssion de ce terrain par l’Eglise. Ceux qui soutiennent que ce terrain est la propriété d’une famille à qui il a été rendu devraient brandir des faits. La reconciliation nationale ne saurait réussir sans les vérités factuelles . Alors que nul ne mette en doute la variante de l’autre à travers des injures , affronts et offenses.
Ibrahima Sanoh, écrivain.