C’est un véritable diagnostic que vient de faire le Mouvement pour le progrès (MPP), dirigé par l’ancien Directeur Général de la Caisse Nationale de Prévoyance Sociale (CNPS), Dr. Fodé Cissé. Ce travail de toute une équipe, retrace un passé douloureux de la Guinée avec des perspectives pour sortir de l’ornière. Ce samedi 16 novembre 2024, le leader de ce mouvement était face à quelques journalistes, pour exposer sa vision de la Guinée de demain.
Dans son analyse, le mouvement pour le Progrès (MPP) partage avec les Guinéens, sa vision globale de la crise politique qui a affecté la marche normale de la République de Guinée durant les 50 dernières années. Pour Dr. Fodé Cissé et ses pairs, le chemin jusque-là emprunté par les Guinéens n’a pas été le bon.

‘’Nous sommes un mouvement politique, convaincu que pendant plus de 40 ans, le chemin que notre pays a suivi n’était pas le bon, au regard de l’analyse de la crise que nous avons faite. Que cette crise soit multidimensionnelle qui réside d’abord premièrement dans nos mémoires collectives, nos souvenirs qu’on a en commun. Très malheureusement, la plupart de ces souvenirs sont mauvais. Des mauvais souvenirs qu’on a hérités de notre histoire politique très agitée. Ces souvenirs sombres ont divisé des familles, éloigné les communautés les unes les autres et créé un état d’esprit de repli identitaire et se sont exprimés comme étant l’idéologie dominante dans notre société. Ce qui a affecté très malheureusement notre système politique et notre système de gestion du pouvoir. Pour nous, cela est inadmissible. C’est ce qui est 2 l’origine de plus de 40 ans de stagnation politique, d’incompréhension et de haine’’, fait-il observer.
Mieux, de son analyse, le MPP estime que cette crise est dans la mal observance de la laïcité, du fait de l’intolérance entre les communautés religieuses. L’autre observation réside dans le non-respect des lois de la République.
‘’Aujourd’hui, on se dit qu’on est un pays laïque, multiconfessionnel, mais il y a une intolérance entre les communautés religieuses. Aujourd’hui, il a été constaté que même quand tu veux avoir un bâtiment aujourd’hui, tu veux louer un bâtiment, tu es questionné sur ta religion, ton appartenance ethnique. Chose qui est inadmissible dans une République.
Nous avons également fait l’observation de cette crise. Elle est dans le non-respect de nos lois, les lois de la République, surtout nos lois fondamentales, qui, généralement sont violées sur la base de petites combines communautaires, de manipulations communautaires. Il faut laisser le président de la République achever son travail, nous l’avons vécu pendant les 30 dernières années. La crise est à ce niveau également. La crise est aussi au niveau de la mauvaise organisation de l’Etat. Parce que les cadres qui doivent animer l’Etat, qui doivent définir les politiques publiques, qui doivent faire la mise en œuvre de nos politiques publiques, sont choisis sur quelle base ? Mais sur la base partisane. La compétence n’est pas questionnée. Est-ce qu’il est de nous ? Est-ce qu’il est dans notre esprit ?
Quand vous choisissez des cadres sur cette base au niveau de l’Etat ? Ça devient un État partisan. Un État où, l’efficacité des politiques publiques n’est plus recherchée. Ça devient un outil de propagande politique, de gabegie, de détournement, d’enrichissement illégal. Et au bout de tout ça, c’est le sous-développement qui est au rendez-vous, avec trop de misère, d’inégalité, voilà l’analyse que nous avons faite. Et cette crise est devenue un piège qui s’est enfermé sur tout le pays’’, a déclaré Dr. Cissé.
Comment sortir de ce cycle vicieux ?
Pour sortir de cette situation qui a affecté le fonctionnement normal de la nation, le MPP propose des remèdes : sortir carrément du piège qui a rongé le pays et emprunté un nouveau chemin.

‘’Après plus de 40 ou 50 ans de blocage, on tourne en rond, nous, on s’est dit, comme c’était devenu un piège, il faut sortir dans ça. Nous avons dit qu’il faut une nouvelle voie, un nouveau chemin, pour sortir de ce piège. Il faut un nouveau chemin, parce que l’ancien est mauvais. L’analyse est quand même très simple : vous avez emprunté un chemin pendant plus de 40 ans, vous ne vous en sortez pas, mais il faut quand même choisir un autre.
Le nouveau chemin qu’on propose au peuple de Guinée, c’est de dire que l’ancien chemin qu’on a emprunté, n’est pas le bon. Il faut choisir un nouveau chemin’’, propose-t-il.
Pourquoi ce nouveau chemin ?
‘’On a quelques raisons qu’on a évoquées qui sont très simples, que je viens de vous présenter. La première raison, c’est que la société a changé, il y a une mutation. Elle est faite aujourd’hui de jeunes générations qui veulent que leur pays bouge, change. Mais ces générations sont convaincues qu’elles sont issues d’un brassage culturel de différentes communautés. Ces générations disent qu’il n’y a pas d’ethnie pure. Que toutes les communautés, d’un moment à l’autre, peuvent se mélanger les unes des autres. Ces générations sont convaincues qu’elles sont le résultat de ce brassage entre ces différentes communautés. Ça veut dire que la politique qui a été reposée sur la communauté, ne correspond plus l’aspiration de cette communauté. Voilà la première raison.
La deuxième raison, qu’on appelle les questions mémorielles, de souvenir, dont on parle, qui ont éloigné les communautés les unes des autres, elles n’ont jamais été bien abordées dans ce pays et continuent d’être des sujets fâcheux. Pourquoi ne pas l’aborder ? Alors, cette génération dit qu’elle est une génération responsable, qui est prête à assumer son histoire, toute son histoire, pour évacuer ces mauvais souvenirs, pour qu’on puisse amorcer le développement du pays.
La troisième raison, cette génération est convaincue qu’on est dans un monde aujourd’hui, si nous on reste dans ces divisions, on ne va pas s’en sortir. Parce que le monde est devenu inquiétant, il y a trop de guerres, trop de terroristes, il y a aussi les problèmes de migrations. Les jeunes gens quittaient ici pour aller en Europe quand il y a des mésententes chez nous. Mais, les autres ne veulent plus nous voir aujourd’hui. Alors, on a intérêt à ce que chez nous soit stable, pour donner l’espoir à la jeunesse. Mais si nous continuons dans ces instabilités politiques, les opportunités qui se présentent dans le monde, on ne pourra pas les saisir. Même le projet dont on parle là [Simandou 2040], pour qu’on se développe, il faut qu’il y ait la paix. Le nid du développement, c’est la paix. Voilà la raison qui justifie aujourd’hui cette nouvelle voie’’
Conduite de la transition…
‘’Notre regard sur la conduite de la transition est très clair. Nous sommes dans une période où la transition est tiraillée entre un monde qu’on a contesté (qui est un monde fait de division, de haine, de violation des lois), ce qui a abouti au Coup d’Etat du 5 septembre 2021. Et on nous a annoncé un nouveau monde. Quand l’ancien s’estompe, et que le nouveau se met en place, c’est ce qu’on appelle une crise. Le plus souvent, c’est fait de contradictions, de mésententes.
Mais ce qui est important aujourd’hui, malgré les efforts de réformes qui ont été faites, ce qui est important de signaler, c’est qu’il y a deux groupes d’acteurs et de pratiques. Il y a certains acteurs qui veulent qu’on aillent vers le nouveau monde qu’on nous a promis, fait de respect, de cohésion nationale, de respect de la loi, d’Etat responsable, un Etat qui n’est pas un instrument de propagande politique, ainsi de suite. Pendant ce temps, il y a des acteurs qui veulent nous tirer vers le derrière, qui veulent nous ramener à l’ancien schéma. Voilà notre regard sur la transition. Le MPP se situe à quel niveau ? Nous nous situons au niveau des acteurs qui veulent aller de l’avant, le monde de cohésion, où il n’y a pas de haine, où la politique se mène avec une vertu, pas sur la base communautaire, mais sur la base d’un projet. Un monde dans lequel les cadres sont choisis sur la base de leurs compétences, pas pour les bases partisanes’’, a égrainé Dr. Fodé Cissé.
Alpha Madiou BAH.
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