Au cours d’une rencontre tenue ce mercredi 16 octobre 2024 à la primature, entre le premier ministre guinéen et les émissaires du FMI en séjour en Guinée, Bah Oury a sollicité un appui du Fonds Monétaire International, pour lutter contre les fraudes fiscales et améliorer la Gouvernance économique.
S’exprimant sur cette sollicitation du chef du gouvernement guinéen auprès du FMI chez nos confrères de Nostalgie Guinée dans l’émission Africa 2015 ce jeudi 17 octobre 2024, Bella Bah, économiste et activiste de la société civile, a laissé entendre que si le gouvernement guinéen décide aujourd’hui de s’orienter vers les institutions Bretton Woods, c’est que l’économie du pays ne porte pas bien.
‘’D’abord, la première analyse, c’est que l’économie guinéenne se porte mal. Parce que si vous voyez qu’on essaye de rencontrer les institutions de Bretton Woods, le fonds monétaire international et la banque mondiale, le plus souvent, c’est parce qu’il y a des difficultés financières qui sont là. Pour rappel, vous savez, l’État guinéen à travers le ministère des finances avait obligé les banques primaires à prendre un montant de plus 500 millions d’euros dont on ne sait pas du tout pourquoi ce montant a été utilisé. Depuis lors, il y a un manque de confiance entre l’État guinéen et les banques primaires. Ce qui fait que l’Etat n’est plus en mesure d’émettre des obligations auxquelles ces banques primaires peuvent souscrire pour financer éventuellement le déficit. Aujourd’hui, le fait que le premier ministre se dirige vers les institutions Bretton Woods, est un premier signal que l’économie guinéenne ne se porte pas du tout bien. Parce que si on a des excédents budgétaires, on n’a pas besoin du FMI et de la banque mondiale”, a-t-il fait remarquer.
Le deuxième point, poursuit-il, c’est un peu honteux qu’on essaye de demander à des institutions de nous aider à bien gérer nos finances.
‘’Parce qu’il faut rappeler qu’il y a eu un rapport qui a été fait en février-mars 2022. Le rapport de l’inspection générale d’État où on a essayé d’énumérer un certain nombre de points et de difficultés qui assaillent un peu nos finances à travers les différentes régies. Pour information, vous savez, dans ce rapport, il y avait plus 103 faux arrêtés d’enregistrement et il y a eu 3.861 agents publics irrégulièrement engagés à la fonction publique. Rien n’a été fait pour améliorer la gouvernance à ce niveau là. Juste à titre d’information, l’ANAIM qu’on avait audité sur les exercices précédents, on avait découvert qu’au niveau de la TVA et des droits d’enregistrement, il y avait une évasion fiscale de plus 66 milliards. Donc, pratiquement, rien n’a été fait. Est-ce que c’est le FMI qui va venir gérer cela à notre place? Ce n’est pas le cas. Aujourd’hui, la corruption est structurée, organisée et bien entretenue. Depuis ce rapport, il n’y a pas eu un autre, ni de 2023 encore moins celui de 2024. Tout simplement parce que le CNRD est revenu dans la danse avec l’ancien système, avec une corruption au plus haut niveau. Donc, aujourd’hui, le premier ministre Bah Oury fait semblant, il n’a pas de pouvoir, il n’a aucune décision à prendre, parce qu’en Guinée, tout est centralisé au niveau de la présidence. Sinon, la loi des finances qui est établie, on le sait consciencieusement que c’est une loi des finances fausse qui est faite simplement de la corruption. Il faut le dire. La direction nationale du budget avec ses divisions, comme la solde, le service informatique de la fonction publique, la direction des investissements, l’agence de régulation des marchés publics. Pratiquement, le ministère du budget, de la fonction publique et des finances, ce sont ces ministères là qui structurent tout. Aucun ministre ne décide d’un budget qu’on lui octroie et comment le décaissement est levé et quelles sont ses priorités? Absolument pas ! Ce sont ces ministères là qui sont en étroite collaboration avec la présidence, qui décident qu’est-ce qu’un ministre doit faire. Donc, quasiment, c’est un peu de la boutade. On est dans une situation financière difficile et malheureusement, l’État guinéen ne fait absolument rien pour essayer de changer la donne”, a-t-il déploré.
CAMARA Mamadouba, pour Lerevelateur224.com.
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