En Guinée, les vieux bâtiments qui continuent d’abriter les cours et tribunaux ne sont plus en phase avec les exigences de la modernité ou bien l’explosion démographique des villes en pleine expansion. Souvent, ce sont des bâtiments de l’ère coloniale reconvertis en tribunaux, parfois avec des bureaux exigus ou des salles à faible capacité d’accueil. Dans le souci d’inverser cette honteuse tendance, l’Etat guinéen, à travers le département en charge de la justice et des droits de l’homme, avait fait de son cheval de bataille la réhabilitation desdits édifices.
En janvier 2023, l’ancien garde des sceaux, Charles Alphonse Wright, profitant de sa tournée à l’intérieur du pays, avait procédé à la pose de la première pierre du palais de justice de Kissidougou au quartier Madina. Il donnait ainsi le coup d’envoi des travaux d’un projet de construction du nouvel édifice qui devra abriter le siège du TPI de Kissidougou pour un délai d’exécution de 18 mois. Sur ce site, un bâtiment R+1 devrait sortir de la terre entièrement financé par le budget national de développement (BND) dont la réalisation est confiée à l’entreprise ECR Famary, pour un délai d’exécution de 18 mois. À date, soit 20 mois après le début des travaux, ce chantier est encore en souffrance.

En plus du retard par rapport au délai d’exécution, les travaux sont à l’arrêt. Sur le site, c’est un silence de cimetière, pas l’ombre d’un travailleur depuis maintenant 6 mois. Un peu partout, quelques matériaux abandonnés à la merci des intempéries. Au niveau des travaux réalisés, on constate néanmoins une certaine élévation des murs et puis, c’est tout.
Autre constat qui ne rassure pas sur les lieux, c’est que ce chantier n’est même pas complétement barricadé à cause de la réticence de certains riverains qui refuseraient d’abandonner les habitations qu’ils ont occupées depuis plusieurs décennies. Pourtant, lors de la cérémonie de pose de la première pierre, l’ancien ministre Charles Wright avait fait parler son cœur, en promettant de construire à ses propres frais, une maison pour une des familles qui occupaient les lieux.
Joint au téléphone ce jeudi 05 septembre 2024, pour nous parler des causes de l’arrêt prolongé des travaux, l’ingénieur du projet Sayon Koné, qui est d’ailleurs en séjours du côté de Beyla, évoque un manque de financement de la part de l’État.
‘’Nous avons beaucoup évolué dans la réalisation de ce projet, mais pour le moment, nous faisons face à un manque de financement. L’ensemble des travaux exécutés jusque-là sont financés par l’entreprise. Donc, on attend le financement de l’État pour poursuivre les travaux, sinon, l’entreprise n’a aucun problème’’, s’est-il défendu.
Au bout du téléphone, l’ingénieur Koné a quand même rassuré de la reprise prochaine des travaux. ‘’Je suis même étonné de constater que jusque maintenant, les travaux n’aient pas repris. Mais, je rassure que le chantier va être relancé dans les meilleurs délais’’, a-t-il promis.
Selon le plan de construction, ce bâtiment est composé de deux blocs : Le premier comprend 10 bureaux au rez-de-chaussée et 10 autres à l’étage, tandis que le second abrite les 5 salles d’audience dont une salle d’audience solennelle au premier plan. Le bâtiment a également 4 salles d’archives.
Malgré la visite de ce chantier en février 2023 par le PM d’alors Dr. Bernard Goumou, lequel avait d’ailleurs mis en place un comité de veille pour contrôler régulièrement le niveau d’avancement des travaux, ce projet comme tant d’autres à Kissidougou, traînent les pas au grand dam des populations locales, qui rougissent d’impatience quant à la réalisation finale de ces édifices, parmi lesquels, figurent les travaux de construction d’un pont de 35 mètres linéaires sur l’axe Madina-Kôrôdou, le chantier de l’église Saint Louis de Madina et le très vieux projet de construction de l’hôtel des finances publiques au quartier Madina.
À noter que l’actuelle salle des audiences du TPI de Kissidougou est souvent débordée lors des grands procès. Ce qui pousse souvent les magistrats à délocaliser certaines audiences à la maison des jeunes sous réserve du paiement de la location. Il est évident que la réhabilitation des bâtiments qui abritent nos cours et tribunaux rentrent dans le cadre de l’amélioration des conditions de travail de nos magistrats qui en ont tant besoin.
Depuis Kissidougou, Ousmane Nino SYLLA, pour Lerevelateur224.com.
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