Généralement dans notre pays, les personnes atteintes de dépression mentale sont souvent rejetées par leurs propres familles, mais aussi par l’ensemble de la société. Ces malades mentaux sont pour la plupart des cas abandonnés à eux-mêmes et laissés à la merci de la nature exposés à toutes sortes d’intempéries. En tout cas, aucune structure étatique ou privée ne songe à s’intéresser à la situation de ces personnes malades qui ont pourtant besoin de l’attention de la société entière.
Toutefois, à Kissidougou, un homme s’évertue avec les moyens de bord à relever ce défi, en cherchant à rendre propre les fous errants à travers la ville. Il s’agit de Habib Cherif, âgé de 28 ans et originaire de Kankan. De nos jours, c’est devenu fréquent pour les habitants de la commune urbaine de Kissidougou de voir cet homme traverser la ville à la tête d’une longue colonne de fous, les conduisant vers les marigots de proximité, afin de les rendre propres. D’ailleurs, beaucoup de citoyens se demandent comment ce jeune homme parvient à maîtriser parfois avec un simple regard ou geste, les fous les plus craints ou dangereux.

Habib Chérif, ce nettoyeur de fous, apprécié de tout le monde et qui est connu pour son calme olympien, a accordé un entretien à notre correspondant régional. D’abord, il raconte comment il a embrasé ce travail.
‘’Moi, j’ai hérité ce travail de mon père qui est bien connu à Kankan ; donc, c’est mon héritage. Je suis fréquent à Kissidougou, mais je sillonne aussi plusieurs préfectures comme Siguiri, Guékédou et Kankan. Normalement, ce travail revient aux autorités, mais comme j’ai l’expérience pour gérer les malades mentaux, c’est pourquoi, je fais ça pour aider la société à ma manière. Mon père m’avait appris beaucoup de techniques pour maîtriser ces genres de personnes, donc, c’est ce que j’utilise, sinon, je n’ai aucun secret. Aujourd’hui, tous les fous me connaissent et dès qu’ils me voient, ils savent ce que ça signifie ; donc, immédiatement, ils me suivent’’, a-t-il déclaré.
Sur la question de savoir comment il procède pour rendre les fous propres, notre interlocuteur a répondu en ces termes : ‘’la fréquence, c’est 2 fois par semaine, parce qu’il y a des fous qui se salissent vite. Moi, je connais où les trouver ; donc, je vais les regrouper et les mettre en colonne. Souvent, je choisis un chef parmi eux qui va les conduire vers la direction que j’indique. Avec eux, je sillonne un peu la ville pour avoir les prix de savon, les lames et quelques habits, avant de les amener au marigot. Là, je commence par les plus sales, je les lave et je rase leurs tignasses, ensuite, je jette les habits sales et ils mettent les nouveaux habits. Quand ils sont propres, je les mets en colonne et on passe devant les boutiques, pour avoir un peu d’argent, afin de les trouver de la nourriture’’, a-t-il expliqué.
Quant aux difficultés rencontrées dans ce travail, il y en a pleins. Habib Chérif a bien pris le soin de citer quelques unes. ‘’La première difficulté, d’abord, c’est que je suis seul pour gérer tous ces fous, parfois je m’épuise en les lavant. Ensuite, je n’ai pas de matériels comme les savons, les brosses à pieds, les éponges, les rasoirs, des gants et des habits propres. Aussi, j’ai besoin des médicaments pour guérir les plaies, car parfois, en les nettoyant, je découvre souvent des plaies sur leurs jambes, leurs bras ou leurs têtes. Je sais que c’est un travail très risqué, parce qu’il y a des malades mentaux qui m’affrontent parfois et qui me blessent même, mais Dieu merci, je m’en sorts toujours’’, a-t-il énuméré.
Au terme de cet entretien, notre interlocuteur a profité pour interpeller les autorités à accompagner son initiative.
‘’J’invite les autorités, les ONGs, et les personnes de bonne volonté à m’aider pour les matériels, afin que je puisse bien faire ce travail. C’est pas permis à tout le monde de faire ce genre de truc ; donc, si moi je me suis lancé dedans, vraiment, ils doivent m’encourager, car moi aussi j’ai des besoins à satisfaire. Il y a quelques personnes qui offrent des habits, des vieilles chaussures et quelques savons, mais c’est pas insuffisant. En tout cas, j’ai besoin de soutien dans ce travail’’, a-t-il sollicité.
À signaler que le nombre de personnes atteintes de dépression mentale galope d’une manière inquiétante dans la cité de Kissi-kaba Keita. Cette cohabitation n’est pas sans conséquence, car certains fous sont agressifs et violents.
Depuis Kissidougou, Ousmane Nino SYLLA, pour Lerevelateur224.com.
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