Au TPI de Kissidougou, le tribunal criminel vient de rendre une importante décision dans un des dossiers les plus attendus par le grand public, à l’occasion des audiences criminelles qui s’y tiennent depuis le 28 juin 2024. Il s’agit de l’affaire ministère public contre Mohamed Keita, poursuivi pour avoir ouvert le feu à bout portant sur le citoyen Mamady Magassouba, dans la brousse, non loin du village Filakôrô.
À la suite des débats très contradictoires engagés entre le parquet et la défense de l’accusé dans cette affaire, le tribunal a décidé de faire comparaître la victime et un témoin pour la manifestation de la vérité. Finalement, le tribunal a condamné le prévenu qui avait d’ailleurs reconnu les faits, à 15 ans de réclusion criminelle.
Visiblement satisfait de cette décision du tribunal, Pierre Kolié le substitut du procureur près le tribunal de première instance de Kissidougou, apporte des explications sur ce crime et donne des précisions sur le verdict rendu.

‘’Mohamed Keita est traduit par ordonnance de renvoi No.69 devant le tribunal criminel de Kissidougou pour des faits de tentative de meurtre punis par les articles 18 et 206 du code pénal. Les faits remontent précisément au 28 janvier 2024. À cette date, Mamady Magassouba s’était rendu en brousse avec trois de ses amis et des chiens pour une partie de chasse. Alors, subitement, Mohamed Keita a surgi devant eux les accusant d’être les auteurs des feux de brousse dans les parages. Au cours des échanges, Mohamed Keita avait pris sa victime Mamady Magassouba au collet et lorsque ce dernier s’est défait de lui, il a alors reculé d’un pas et tiré à bout portant sur celui-ci à l’aide d’un fusil calibre 12 de fabrication locale. Les balles avaient atteint la main gauche de Mamady brisant une partie de son os et il aurait fallu de peu que les balles atteignent une partie vitale de ce dernier. Mohamed Keita déterminé à en finir avec les 3 autres compagnons de sa victime, avait à nouveau rechargé son arme. Mais entre-temps, ces derniers avaient utilisé leurs jambes pour s’échapper. C’est pourquoi, pendant les débats, nous avions soutenu que Mohamed Keita avait clairement l’intention d’ôter la vie à ce jeune citoyen et le tribunal ne s’est pas trompé en le condamnant à 15 ans de réclusion criminelle assortis d’une période de sûreté de 10 ans et au paiement des dommages intérêts de 7 500 000 de nos francs équivalant au montant déboursé par la victime pour assurer ses soins’’ a-t-il déclaré.
L’avocat de la défense, Me. Kemo Konaté qui avait vainement tenté de convaincre le tribunal pour une clémence en faveur de son client, n’a pas quand même nié la gravité de l’acte posé par ce dernier.

‘’Je dirai que le tribunal a prononcé un maximum de peine contre mon client. Mais je ne suis pas du tout surpris de cette décision, car mon client a reconnu avoir intentionnellement ouvert le feu sur cet adolescent qui risque aujourd’hui de perdre son bras gauche, car, après plusieurs mois de traitement, rien n’est rassurant encore pour sa santé. Je reconnais que mon client a été bien défendu, mais il mérite cette peine’’, a-t-il avoué.
Après 7 mois de traitement, la partie civile Mamady Magassouba qui est couturier au quartier Mbalia Kôrô, est toujours inquiet pour sa santé. D’ailleurs, il lance un appel aux personnes de bonne volonté pour sauver son bras gauche.

‘’D’abord, je salue cette décision du tribunal, car cela rassure tous les citoyens et désormais, ils pourront faire confiance à la justice. En tout cas, celui qui a voulu me tuer est retenu dans les liens de la culpabilité. D’autre part, je dirai que je suis vraiment inquiet pour ma santé. Ca fait comme ça 7 mois que je suis sur le traitement, mais ça ne va pas encore, car je ne peux rien faire avec mon bras gauche qui avait reçu les balles. Après les traitements à l’hôpital sans succès, je suis parti voir les « Bérétés » spécialistes des os, mais jusque-là, mon bras ne fonctionne pas et je suis un homme de métier. Je profite pour lancer un appel aux personnes de bonne volonté de me venir au secours, car ma famille n’a pas les moyens pour faire face à des opérations coûteuses’’, a-t-il lancé.
Toutefois, le président du tribunal, le juge Alfred Camara a profité des débats au cours de cette affaire, pour largement sensibiliser le public présent aux audiences sur la possession et l’usage des armes à feu de fabrication locale qui, selon lui, font trop de dégâts dans nos sociétés.
Depuis Kissidougou, Ousmane Nino SYLLA, pour Lerevelateur224.com
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