La descente aux enfers continue de hanter la presse guinéenne depuis le changement de régime survenu le 05 septembre 2021. Après plusieurs mesures restrictives imposées à certains médias jugés comme étant les plus critiques, finalement, le mercredi 22 mai 2024, les autorités de la transition sont passées à la vitesse supérieure, en prenant la décision radicale de retirer les agréments puis les fréquences des trois plus grands médias audiovisuels du pays.

Quelques jours seulement après l’application de cette mesure considérée comme liberticide par beaucoup d’observateurs, ses impacts négatifs se font ressentir à Kissidougou, ville située à la porte de la région forestière. Dans cette partie de la Guinée où l’on assiste à l’éclosion des médias privés, ce sont les travailleurs et auditeurs qui sont les principaux impactés de cette mesure qui sonne comme une grave atteinte à la liberté d’expression dans notre pays.
Produit de l’institut supérieur de l’information et de la communication de Kountia (I.S.I.C), où il avait obtenu une licence en journalisme en 2010, Niouma Lazar Kamano, directeur régional de ladite station, se dit n’être guère surpris, même s’il reconnaît que cette mesure est une pilule difficile à avaler.

‘’Cette mesure est déplorable pour la Guinée, car n’oublions pas que c’est l’image du pays qui prend un coup à travers ces agissements de nos dirigeants. Depuis le 18 février 2022, j’occupe le poste de directeur régional au sein de ce média à Kissidougou. Alors, j’avoue que chez nous ici, le personnel traverse ces premiers moments avec une grande sérénité, parce que tout simplement nos esprits étaient préparés pour ça, vu tout ce que notre media a subi ces derniers temps.
Tout a commencé au lendemain du 05 septembre 2021, avec la descente musclée des hommes armés puis le zèle des comptes. Du coup, les travailleurs furent confrontés aux difficiles conditions de travail. Mais avec le courage, la passion pour ce métier et surtout la hargne de remplir la part du contrat qui nous lie à notre public, nous n’avons pas voulu reculer. Ensuite, la télé et la radio Djoma étaient brouillées, puis retirées du bouquet Canal+.
Comme tout cela ne suffisait pas, il fallait retirer les agréments et les fréquences. C’est très amer de voir tout ce monde basculer dans le chômage. Pour moi, cette décision n’est pas du tout réfléchie, car l’État devrait chercher à protéger les emplois déjà existants. Cette situation, c’est simplement un règlement de compte. Les autorités brandissent le prétexte selon lequel ces trois médias incriminés n’auraient pas respecté les contenus de leurs cahiers des charges. Mais à ce niveau, posons-nous cette question, est-ce que les autres médias respectent ces cahiers des charges ?’’, s’est-il interrogé.
Même si pour le moment, il n’y a pas eu de déclaration officielle venant de la presse locale pour condamner cette décision controversée du régime militaire de u CNRD, le directeur régional salue l’élan de solidarité que les autres confrères de Kissidougou ont fait montre.
‘’Nous nous sentons réconfortés par le soutien de nos confrères des autres médias qui ne sont pas restés du tout indifférents à tout ce que nous subissons maintenant. En tout cas, les uns et les autres ont manifesté leurs soutiens à travers les appels téléphoniques ou des messages de soutien relayés sur les réseaux sociaux. Je profite d’ailleurs de votre site d’information pour les remercier et en même temps, j’invite les travailleurs de Djoma FM Kissidougou à plus de calme et de responsabilité, surtout de ne pas répondre aux provocations. Quant à nos auditeurs, je leur demanderais de continuer à garder la patience, car cette ne sera pas éternelle. Nous avons de l’espoir’’, a-t-il rassuré.
Toutefois, le constat est que la déception est totale au sein de la corporation sur le plan local et le ton monte d’un cran pour attaquer cette décision que certains qualifient d’incompréhensible. C’est le cas de Sory Sismane Kourouma, journaliste à la radio Sabari FM Kissidougou.

‘’Je condamne fermement cette décision qui va à l’encontre des principes démocratiques. La presse aujourd’hui, qu’on le veuille ou pas, détient le statut de 4ème pouvoir. Donc, tout régime qu’il soit démocratique ou pas, est appelé à coopérer avec elle. Mais, les dirigeants qui cachent quelque chose vont toujours chercher à réduire la presse au silence. Les journalistes portent la voix des sans voix, c’est à travers eux qu’un dirigeant peut être directement connecté au peuple. J’invite nos confrères impactés à s’armer de courage et de patience. En tout cas, les journalistes doivent rester solidaires à ces médias qui traversent des moments difficiles, afin de prouver aux autorités que la presse est une famille’’, a-t-il invité.
Quant aux nombreux auditeurs de cette station, ils se disent dépassés par cette décision. Dama Fofana, juriste de formation et administrateur d’un cabinet d’avocats à Kissidougou, est un des fidèles auditeurs de Djoma FM. Cet avocat estime que l’État à travers cette décision, lui a retiré l’un de ses droits qui est celui de pouvoir s’informer sur son média de choix.

‘’C’est avec un pincement au cœur que j’ai appris cette nouvelle. Ma station préférée reste Djoma Fm. Tous les matins à partir de mon lit, j’ai toutes les informations et je me fais une idée de l’opinion nationale à travers les émissions interactives. Au niveau local, Djoma FM Kissidougou nous propose des programmes alléchants et captivants qui nous permettent de se mettre au même diapason d’information. Des émissions phares comme ‘les échos de Kissidougou’, permettent aux chroniqueurs avertis de décrypter pour nous, les infos locale, nationale ou internationale. J’invite l’État à revenir aux meilleurs sentiments, tout en pensant aux sorts des travailleurs et leurs différentes familles, mais aussi, à nous autres auditeurs qui souffrons moralement au côté de ces journalistes et techniciens de radio’’, a-t-il interpellé.
À rappeler que l’environnent médiatique de Kissidougou commence à être bien étoffé avec la présence de 4 radios privées, de la radio rurale et de 6 médias en ligne dont l’agence guinéenne de presse.
Depuis Kissidougou, Ousmane Nino SYLLA, pour Lerevelateur224.com.
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