Depuis plusieurs mois, la Guinée fait face à une crise d’électricité qui frappe de plein de fouet les ménages. Malgré l’accord trouvé avec le Sénégal voisin, qui a considérablement amélioré la qualité de la desserte, le mieux que l’on puisse dire, c’est qu’il existe toujours des foyers qui peinent à avoir du courant dans la journée. Cette situation pénalise certaines activités de femmes et de jeunes. Dans cette dernière partie de l’entretien que nous avons réalisé avec l’ancien premier ministre et diplomate onusien, François Loucény Fall, nous avons abordé la question liée au problème d’électricité en Guinée. Le leader du parti Union nationale des patriotes de Guinée (UNPG) s’est aussi exprimé sur les cas d’incendies qui secouent le pays. Lisez plutôt !
LEREVELATEUR224.COM : La Guinée fait face à une crise d’électricité depuis quelques mois. Comment comprendre que depuis 1958, notre pays peine à résoudre définitivement ce problème ?
FRANÇOIS LOUCÉNY FALL : Vous savez, mon parti a choisi le label suivant : mettre fin au paradoxe guinéen. La Guinée est un véritable paradoxe. Paradoxe, en ce sens que, ce pays dispose de toutes les ressources inimaginables même. Nous avons des ressources énergétiques et hydroélectriques importantes, nous avons du soleil en abondance, nous avons des ressources minières, des plaines fertiles, la forêt, nous avons un écosystème parfait, des ressources halieutiques, mais aussi, nous avons des ressources humaines importantes.
Mais quand on voit le niveau de la Guinée aujourd’hui, il y a à se demander quelle est la raison ? Et c’est la raison pour laquelle, nous nous sommes engagés. Nous pensons que tous les chefs d’Etat qui sont passés, chacun à pu faire ce qu’il pouvait faire. Mais ce qui est évident, c’est qu’on n’a pas réussi à sortir de cette misère. Et donc, comme on n’a pas réussi à sortir de cette misère, de ce sous-développement de manque d’eau, d’électricité, d’infrastructures de base, de travail pour les jeunes, ce sont des grands problèmes de la Guinée. Et je crois que, tant qu’on ne résoudra pas cela, alors, il y aura problème. C’est la raison pour laquelle, nous, nous nous sommes engagés pour mettre fin à ce paradoxe. C’est pour ça je parle du rêve Guinéen. Le rêve Guinéen, c’est réussir à mettre fin à ce paradoxe. Et il ne peut se faire qu’avec un autre leadership. Un leadership compétent, expérimenté, qui est à même de fédérer les Guinéens pour que nous puissions aborder ces problèmes.
Parlons maintenant de l’électricité dans le vrai sens du terme…

Concernant la desserte en électricité, il y a eu des montants importants qui ont été engagés ici pour construire des barrages. Mais, on savait et tout le monde le savait, en période d’étiage, il n’y a pas d’eau dans les barrages et qu’on aurait fait face à des difficultés. Mais, les sources d’énergie, ce n’est pas seulement les barrages hydroélectriques. Les autres pays ont déjà prévu de faire autre chose. On a du soleil ici, on aurait dû investir dans l’énergie solaire, dans l’énergie éolienne, dans les biogaz. Alors, on aurait pu investir dans ces domaines là, afin que, après la saison des pluies, qu’on puisse alimenter les foyers avec l’énergie solaire qui est en abondance et qui est sans fin. Ça, ça fait partie de notre programme. Si nous, nous arrivons au pouvoir, nous sommes à même de résoudre ce problème là.
Pourquoi penser à changer de paradigme ?
Quand on regarde un pays, on doit le regarder avec beaucoup de réalisme. Et donc, le problème d’électricité devient aujourd’hui un grand problème. D’abord, les citoyens n’ont pas d’eau potable dans les maisons. Ils n’ont pas accès à l’électricité. Cela impacte sur le développement du pays. Le développement ne peut se faire sans l’électricité, l’industrialisation est impossible sans l’électricité.
Les autres pays ont réussi, comme la Côte d’ivoire, plus de 85% du territoire ivoirien est couvert aujourd’hui par l’électricité y compris les villages, les communautés villageoises. Et nous, même les capitales n’ont pas de l’électricité. Des villes comme N’Zérékoré sont desservies aujourd’hui par l’électricité ivoirienne, alors que nous pouvons faire mieux. Dans les anciens temps, moi je pensais même que la Guinée allait être le canard d’eau de l’Afrique de l’Ouest, c’est-à-dire, un pays producteur d’électricité, et allait vendre de l’électricité à tous les pays voisins.
Mais aujourd’hui, on se rend compte que, nous sommes obligés d’aller chercher de l’électricité au Sénégal, en Côte d’Ivoire, alors que nous avons tout ici pour avoir de l’électricité en abondance. Tout cela, c’est le leadership, il faut qu’il y ait un nouveau leadership en Guinée, qui puisse nous permettre de résoudre ce problème. Si on réussit à le faire, je pense que ce sera le fer de lance du développement en Guinée. Il faut qu’on ait de l’électricité, que ce soit de l’énergie hydroélectrique, que ce soit de l’énergie éolienne, que ce soit de l’énergie solaire, ou les biogaz, on peut trouver toutes les solutions alternatives pour que l’électricité puisse permettre à la Guinée non seulement de transformer nos matières premières ici, en dehors même de l’éclairage qu’on peut donner dans les foyers, mais permettre l’industrialisation de notre pays et permettre à nos populations qui travaillent aussi avec de l’électricité, les petits ménages et autres, pour qu’on puisse résoudre nos problèmes.
Quel regard portez-vous sur les cas d’incendies devenus récurrents ces derniers temps en Guinée ?
Honnêtement, sur ces séries noires, je crois que je me suis déjà prononcé sur cette question. Je salue la décision du Gouvernement d’ouvrir des enquêtes, depuis d’ailleurs l’explosion du dépôt central des hydrocarbures. On attend les conclusions de l’enquête. La série d’incendie qui touche le pays, c’est aussi une grosse inquiétude. En dehors même des enquêtes qui sont ouvertes, je pense que, nous devons prier, les Guinéens doivent se rapprocher de Dieu. Si on se rapproche de Dieu, je crois qu’on trouvera une solution. C’est le seul commentaire que je vais faire là-dessus.
Un dernier message à l’endroit de vos compatriotes qui vous lisent sur Lerevelateur224.com.
J’ai toujours souhaité et c’est mon désir le plus ardent, que les Guinéens continuent de vivre en paix. La paix, c’est le bien le plus précieux. Sans la paix, on ne peut absolument rien faire, on ne peut pas avoir des élections. Je souhaite que les Guinéens continuent de vivre en paix, que les Guinéens continuent de vivre dans la solidarité. Mais aussi, que nous ayons enfin l’occasion, de briser ce paradoxe qui frappe notre pays depuis plus de 60 ans, à savoir le non développement de notre pays. Je souhaite que la Guinée puisse retrouver une autre gouvernance qui lui permettra de mettre en valeur les immenses potentialités que nous avons, afin que nos jeunes puissent se trouver du travail, qu’on puisse soulager les charges qui pèsent sur les femmes aujourd’hui dont les époux ne travaillent pas, dont les enfants sont éduqués dans des conditions difficiles et que ses enfants finissent leurs études sans qu’ils ne puissent quand même se trouver du travail. Je souhaite qu’on puisse avoir des infrastructures de base pour notre pays, comme des hôpitaux, qu’on ait de bonnes écoles en Guinée. Que la Guinée puisse avoir un train de vie qui puisse permettre aux Guinéens de mieux vivre. Mais pour se faire, il faut que les Guinéens acceptent de se donner un leadership capable d’atteindre ses objectifs. C’est mon vœu le plus cher, je prie Dieu qu’il nous aide sur cette voie.

Entretien réalisé par Alpha Madiou BAH.
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