L’intention affichée de l’Algérie de s’impliquer dans la résolution des crises qui minent le Sahel, au Mali, prioritairement, maintenant, au Niger, est louable, en soi. Le pays entend jouer sa partition et étendre son influence dans une région où il voudrait depuis toujours jouer les premiers rôles. Cependant, la profession de foi et les ambitions hégémoniques ne semblent pas suffire . Les revers se multiplient. L’accord de paix d’Alger qui engageait les belligérants maliens à une paix des braves vole en éclats. La médiation entreprise au Niger ne semble faire l’affaire de personne. N’est-il pas arrivé le temps de l’introspection et du changement de cap ?
La guerre qui a repris au Mali entre le pouvoir militaire établi et les factions armées du Nord consacre la remise en cause des accords d’Alger qui avaient permis d’obtenir une trêve apparente et une coexistence pacifique, de façade. Comme il fallait s’y attendre, les différents signataires se rejettent la responsabilité de la reprise des hostilités. Quoi qu’il en soit, on est sorti de l’esprit de la solution négociée. Et, comme un malheur n’arrive jamais seul, la junte nigérienne, vient d’infliger un revers diplomatique à son grand voisin.
L’Algérie , dans une déclaration de son Ministère des affaires étrangères, a annoncé avoir obtenu l’accord de principe de la junte nigérienne de se mobiliser pour une sortie de crise à l’amiable dans l’impasse créée par elle. Cela fait suite à des échanges directs. Le plan algérien, qui ne semble rencontrer l’assentiment d’aucune des parties est connue : une transition de 6 mois, maximum, dirigée par une personnalité civile consensuelle. La réplique de la junte a été quasi-automatique et sonne comme un cinglant désaveu du partenaire de circonstance : elle ne nie pas avoir eu des discussions avec la partie algérienne, mais, elle rejette catégoriquement, les propositions portées par elle. Les autorités de fait du Niger estiment que c’est à elles seules de décider des modalités et des délais de leur transition dans un dialogue national. La junte ne s’arrête pas là. Elle fixe le cadre de l’intervention de l’Algérie. Elle rappelle qu’elle s’est opposée à l’usage de la force pour rétablir l’ordre constitutionnel et le Président Bazoum dans ses droits de Président élu, dans cette lancée, elle doit aider le Niger dans son combat d’arrière-garde pour la souveraineté , en tant qu’Etat qui a mené jadis une lutte de libération. Le Niger attend, en outre, de l’Algérie qu’elle l’aide à contourner l’embargo qui lui a été imposé en développant des échanges commerciaux avec lui. Point à la barre. En d’autres termes, l’Algérie doit être connivente au lieu de s’engager dans une médiation quelconque.
Au tour de l’Algérie de réaliser que la junte nigérienne n’est pas de bonne foi , ni favorable à toute solution qui l’écarterait du pouvoir qu’elle a clairement l’intention de garder indéfiniment. Les options diplomatiques ont été depuis longtemps épuisées après avoir été retenues et menées rondement.
Le Général Aboudrahmane Tchiani et ses compagnons de crimes entendent profiter des hésitations à passer à l’action, du recours à une solution diplomatique pour les déloger, pour narguer la communauté internationale et asseoir leur suprématie. Il est temps de le comprendre. La montre tourne, le peuple n’en peut plus.
Docteur Mohamed Camara