Pendant qu’elle se montre inflexible, aux yeux du monde, la junte nigérienne remorquée par l’ancien Président Mahmadou Issoufou, tire les ficelles avec des chefs et notables religieux dans le secret espoir d’infléchir la CEDEAO dans sa position de principe d’une extrême intransigeance. Elle espère jusqu’au bout, avec l’énergie du désespoir, inverser la tendance en sa faveur.
Des Oulémas et guides religieux d’un côté comme de l’autre des frontières qui séparent le Niger et le Nigéria, ont pris leur bâton de pèlerin pour une sortie heureuse de l’imbroglio politico-militaro-diplomatique provoqué par le général fêlé, Abdoudrahmane Tchiani, dans la sous-région ouest-africaine. La démarche n’a pas été initiée par la CEDEAO ni n’a reçu l’aval de son Président en exercice, le Chef de l’Etat nigérian, Bola Ahmed Tinubu,devenu le cauchemar de tous les putschistes. Les hommes de Dieu ont cependant l’onction de Mahmadou Issoufou qui a constitué un groupe de lobbying composé de proches à lui pour empêcher le recours à la force envisagé par la CEDEAO pour bouter ses ouailles hors du pavillon présidentiel qu’ils ont pénétré par effraction. Le député Zili qui lui servait de relais auprès des populations du nord du Nigéria et des autorités de ce pays a été rejoint dans la task force de l’ancien président par un autre de ses affidés, Kalla Ankoro, vice-président de l’Assemblée nationale dont le chef d’état-major de l’armée nigérienne, nommé par la junte, est le neveu emblématique. De quelque côté qu’on regarde, dans toutes les sphères du pouvoir mort-né des usurpateurs nigériens, on retrouve des pions du très hideux personnage Issoufou. Ce n’est pas pour rien que le saltimbanque de Tchiani a souhaité que la mission de la CEDEAO dépêchée récemment auprès de lui le rencontre alors qu’il n’était pas inscrit dans l’agenda initial des rencontres prévues.
Qu’à cela ne tienne ! La mission des volontaires de la paix a été reçue par les décideurs nigérians après avoir entendu le groupe d’officiers qui trône à la tête du Niger dans l’insouciance totale. Tchiani et ses acolytes ont décliné une feuille de route qui est la pâle copie de celle déroulée au Mali dont la finalité n’est plus ni moins qu’une ambition d’une confiscation arbitraire et cynique du pouvoir et de la souveraineté populaire, sacrée dans toutes les démocraties. La junte nigérienne n’a aucune intention de céder le pouvoir ni maintenant ni après. Au contraire, elle cherche à gagner du temps, à jouer la carte de l’usure pour s’installer dans la durée et irrévocablement.
C’est pour mener à bien et à terme, ce satané projet qu’il procède , jour après jour, à la faveur des nominations qu’elle opère à une militarisation outrancière de tout le pays, de part en part, afin de le mettre sous coupe réglée.
Après les gouverneurs de région, tous militaires, des préfets militaires, sont déployés sur toute l’étendue du territoire national. Tout porte à croire, s’ils pouvaient procéder à des nominations d’ambassadeurs, que les missions diplomatiques aussi seraient aux couleurs treillis. Pour ainsi dire, après s’être emparé des rênes de l’Etat, les putschistes ne comptent pas s’arrêter en si bon chemin : ils vont tout prendre et ne rien laisser à personne dans leur boulimie du pouvoir et soif de revanche sur les élites politiques et administrateurs civils. Hama Amadou, Mahmane Ousmane et d’autres qui avaient espéré que le coup d’Etat leur profite et ouvrent la voie royale du palais présidentiel, ont des signes annonciateurs d’une volonté assumée de faire main basse sur leur pays qui devraient les inciter à se mobiliser aux côtés des forces démocratiques. Tout le monde est perdant dans des putschs qui coupent l’herbe sous les pieds de chacun, dont les auteurs n’ont en tête que d’effacer et balayer tous les acteurs légitimes et influents, d’éliminer tous les obstacles qui entravent leur marche tyrannique.
Peut-être que le début de prise de conscience des nigériens du naufrage de leur pays isolé par des militaires poussiéreux, explique l’échec patent de la manifestation à laquelle ils avaient appelé ce jour samedi 26 août pour exalter encore le sentiment anti-français. En moins d’un mois, sous la botte militaire, les Nigériens, voient qu’ils sont voués à la misère. La junte n’a pu mobiliser, bon an mal an, que 24 milliards sur les 42 indispensables pour payer les soldes. La priorité sera accordée à l’Armée dont il faut entretenir le moral et soutenir l’effort de guerre. Les autres nigériens, attendront, autant dire qu’ils peuvent crever la faim. Les prochains jours, même les militaires, seront confrontés à des fins de mois difficiles , parce que les caisses de l’Etat, seront, complètement vides.
Nul besoin d’être devin pour comprendre que le Niger avec Tchiani n’a pas de présent encore moins d’avenir, les Nigériens entament une course folle contre la mort. Un seul homme et son clan mafieux, peuvent-ils disposer d’un pays et de son destin dans l’indifférence des populations , et l’impuissance générale ?
C’est aux Nigériens que cette question est d’abord adressée avant le reste du monde.
Samir Moussa
Niamey, Niger