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Justice : Charles Wright ou les outrances d’un ministre transgressif

19 août 2023

Nommé il y a un peu plus d’un an ministre de la Justice et des Droits de l’Homme, Charles Alphonse Wright s’emploie depuis, à imprimer sa marque à un appareil judiciaire guinéen, il est vrai, peu enclin à faire sa catharsis, malgré une image plus que terne. Mais les méthodes du jeune ministre détonnent, clivent et surtout attisent les mécontentements de beaucoup d’acteurs de la justice, à l’instar des magistrats qui lui reprochent notamment des ingérences répétées dans les affaires judiciaires.

Entre le Garde des Sceaux et les magistrats, les relations sont souvent sur un courant alternatif. Le temps de la chaleur de la détente, épisodique, laisse généralement place à celui, quasi-permanent de la froideur des tensions. À ses débuts comme ministre de la Justice et des Droits de l’Homme, Charles Wright tisse sa toile: il défend, au son du clairon, l’application rigoureuse des lois et l’indépendance de la Justice: avec des gestes forts de symbole, il réclame le respect des droits des justiciables, des délais de procédure judiciaire, et exige la tenue des registres de gardes-à-vue dans les postes de Police et de Gendarmerie. Le jeune ministre est sur tous les fronts. Suffisant pour susciter l’adhésion de ses pairs, qui n’en restent pas moins vigilants. Il faut dire que le fougueux Garde des Sceaux dégage, du moins, en apparence, l’assurance d’un interlocuteur résolument dévoué au rayonnement de la justice guinéenne. Mais ses agitations souvent intempestives interrogent et provoquent quelques grincements de dents dans les milieux judiciaires, et en l’occurrence dans ceux de la magistrature dont il est pourtant issu. C’est l’amorce d’une cassure qui va inexorablement se renforcer à mesure que Charles Wright multiplie ses sorties médiatiques jugées lunaires par bien des observateurs avertis.

L’impossible réconciliation…!

Entre une omniprésence barbante, des suspensions de magistrats, mâtinées de publications, à bien des égards, illégales, des injonctions de poursuite à tire-larigot, des ingérences répétées à l’occasion de sorties médiatiques jugées hors-sol, les actes du ministre Charles Wright confinent à une vampirisation de l’appareil judiciaire. Alors, certains magistrats, plus frileux, fulminent sous cape. D’autres, moins enclins à jouer les potiches d’une justice aux ordres, dénoncent sans ambages les agissements de leur ministre de tutelle. C’est le cas de ceux réunis au sein de l’Association des Magistrats de Guinée dont la figure de proue, Mohamed Diawara, n’est autre qu’un ennemi juré de Charles Wright. Un secret de polichinelle qui en dit long sur l’exécrable relation qu’entretient le ministre de la Justice avec nombre de ses collègues magistrats. Autant dire, que plus que de la friture sur la ligne, la rupture est consommée. Et la réconciliation apparaît de plus en plus comme un vœu pieux.

Quid de l’indépendance de la justice ?

Les représentants de la société, chargés de requérir l’application de la loi et/ou de trancher les litiges, réunis sous la bannière de l’Association des Magistrats de Guinée ne constituent certes pas une ligue de vertus. Loin de là. Mais ils ont un mérite : restaurer leur autorité souvent bafouée par Charles Wright. Ce ministre de la justice qui, manifestement, semble atteint par le complexe d’Icare. Alors, convaincus qu’on ne combat pas les vices par les seules armes de la vertu, les magistrats décident d’engager le bras de fer face au chef du département de la Justice, à la suite d’une énième salve de suspensions, qui vient de toucher récemment deux des leurs. D’où l’exaspération de l’Association des Magistrats de Guinée qui, dans un communiqué, s’insurge contre cette décision et appelle l’ensemble des magistrats à cesser toutes activités sur toute l’étendue du territoire national. Une position radicale qui se heurte à l’intransigeance du Garde des Sceaux, plus que jamais sûr de sa force de frappe. Les hostilités jusque-là larvées, viennent de franchir un nouveau palier. Pas sûr pour autant que l’issue soit rangée au rayon de la raison. Les calculs politiques ont souvent des considérations que la raison de la justice ignore. En attendant, comme un air de déjà-vu, quand Charles passe, les magistrats s’effacent. Une anomalie devenue presqu’un rituel qui rend l’indépendance de la justice utopique et sape le sacro-saint principe de la séparation des pouvoirs.

La justice, au demeurant, se fige dans le vacarme d’une guerre de tranchées entre un Garde des Sceaux qui veut obstinément se l’approprier et des magistrats, bravaches qui tentent désespérément de faire bonne figure. Entre ces deux camps irréconciliables, le pacte ressemble, à bien s’y méprendre, à une fusion impossible.

Mohamed Djibril Camara, éditorialiste.

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