À ses obsèques , le President Félix Houphouët-Boigny se confiant aux micros de la télévision nationale a dit ceci: « Sekou Toure est plus mort que vivant. Aucun d’entre nous ne peut le remplacer. »
Pour qui connaît les relations tumultueuses entre le responsable suprême de la Révolution et le père de l’indépendance ivoirienne, se rend compte facilement que Sekou Touré que était l’un des plus grands leaders que l’Afrique et le tiers monde aient connus. Il demeure une figure de la résistance à l’ancien colonisateur. Il a honoré la Guinée et l’Afrique, en donnant le signal des indépendances en Afrique francophone. De lui subsistent encore cette image d’un souverainiste hostile à tout interventionnisme extérieur et ce célèbre discours prononcé le 28 septembre 1958.
Sékou Touré, pour beaucoup, c’est aussi ce dirigeant qui a doté son pays de sa propre monnaie, œuvré pour l’unité du continent en participant à la création de l’Organisation de l’unité africaine (OUA) – la Guinée, avec Diallo Telli, occupera le premier poste de secrétaire général de 1964 à 1972. L’ancien président a également soutenu de nombreux mouvements de libération nationale, allant du Congrès national africain (ANC) de Nelson Mandela au Parti africain pour l’indépendance de la Guinée et du Cap-Vert (PAIGC), d’Amilcar Cabral. Il a aussi ouvert les bras à de multiples révolutionnaires exilés, comme le Camerounais Félix Moumié ou le Ghanéen Kwame Nkrumah, après son renversement en 1966.
Le Président Sekou Touré, c’est aussi un bilan qui parle pour lui et ce dans tous les domaines de la vie nationale.
Sur le plan économique, la monnaie créée le 1er Mars 1960, le plan triennal avait pris le départ pour la construction de la nation. C’est ainsi que les bureaux des régions administratives ont vu le jour de Conakry à N’Nzérékoré. C’est sans doute avec amertume que les guinéens évoquent leurs souvenirs du complexe Textile de Sanoyah, de l’entreprise nationale des tabacs et allumettes (ENTA), des briqueteries de Cobayah et de Kankan, de l’usine des outillages agricoles de Mamou, des huileries de Dabola, de Soguifab avec ses tôles alumine de meilleures qualités et de prix enviés, de la Sucrerie de Koba (Boffa), de l’imprimerie Patrice Lumumba où tous les élèves étaient gratuitement ravitaillés en fournitures scolaires sans compter les commandes des pays voisins tels que le Sénégal, la Sierra Léone et le Mali. Et bien d’autres unités industrielles installées sur toute l’étendue du territoire national. Où sont-elles aujourd’hui toutes ces unités ?
Elles ont été toutes bradées à partir de 1985 au nom d’un réajustement structurel du CMRN du 03 Avril 1984 mettant ainsi en chômage des milliers de travailleurs. L’exploitation des ressources minières était loin d’être en reste. De grands complexes miniers comme la compagnie des Bauxites de Guinée (CBG), l’office des bauxites de Kindia (OBK), AREDOR, sans compter la décolonisation de l’usine alumine de Fria, donnaient à la nation des ressources financières inestimables jamais égalisées jusqu’à ce jour.
Sur le plan routier, avant l’indépendance la route bitumée ne se limitait qu’à Kindia, il fallut le régime du PDG-RDA pour bitumer Kindia-Mamou, Mamou-Labé, Mamou-Faranah, Faranah-Kissidougou, Guéckédou-Macenta, Kankan-Dabadou. N’oublions pas qu’au temps de Sékou Touré, les pèlerins guinéens n’avaient aucune peine à se rendre à la Mecque par Air Guinée qui était une compagnie complète.
Sur le plan agricole, il faut compter les coopératives agricoles de production (CAP) des années 1960, les fermes agropastorales d’arrondissement (FAPA) de 1980 en passant par les brigades attelées et mécaniques de production (BAP et BMP) des années 1970, beaucoup d’efforts ont été fournis pour rendre possible l’autosuffisance alimentaire. Chaque unité de base avait son tracteur et cela sur l’ensemble du territoire national.
Sur le plan religieux, le changement était indéniable. L’islam, la religion majoritaire en Guinée avait connu une rigoureuse restructuration. Des conseils islamiques avaient été installés dans les villages ruraux et des quartiers urbains. A l’échelon national, un conseil national était institué. Son premier responsable était membre du gouvernement au rang de ministre. Quant au niveau du christianisme, la décolonisation s’imposait. C’est ainsi qu’il a été créé l’africanisation des cadres et cela au niveau de toute l’Afrique. En Guinée, Raymond Marie Tchidinbo a été nommé premier archevêque et le second Robert Sarah par le Pape, tous les deux sur proposition du Président Ahmed Sékou Touré.
Que dire de la diplomatie guinéenne ? Elle était à l’image du charisme de l’homme. Après son accession a l’indépendance, la Guinée a plus d’ ambssades que n’importe quel pays africain. Partout son président était reçu avec tous les honneurs dus à son rang. Notre pays s’est aussi illustré dans ma résolution des crises et conflits dans le monde notamment la Guerre Iran-Iran , conflit frontalier entre le Mali et la Haute volta (Burkina Faso). Le plaidoyer en faveur de la lutte de lAnc contre le régime raciste d’Afrique du Sud à la tribune de lOnu est encore présent dans la mémoire collective panafricaine.
Ses funérailles célébrées à Conakry le 30 Mars 1984 prouvaient à suffisance l’immensité de son œuvre en Guinée, en Afrique et dans le monde. Une quarantaine de chefs d’Etats dont le vice-président des Etats-Unis d’Amérique et plus de 700 hautes personnalités du monde entier étaient venus présenter au Peuple de Guinée leurs condoléances et manifester leur admiration au père fondateur de la Nation guinéenne.
Khalil KABA

