Après l’interrogatoire du colonel Moussa Tiegboro Camara, ancien secrétaire d’état chargé de la lutte contre la drogue et les crimes organisés, c’est au tour de Marcel Guilavogui, l’adjoint de Toumba Diakité d’être confronté aux questions des parties au procès. A la barre, l’accusé a nié les faits à lui reprochés.
Tout d’abord, Marcel Guilavogui a décrit les circonstances de son arrestation quelques mois après les massacres au stade de Conakry.
“Je ne reconnais pas les faits. Ça fait 13 ans que je suis en prison sans jugement. J’ai passé ces 13 années malade sans soutien de l’État.
Je suis logé au camp Alpha Yaya Diallo. Cest le 31 mars 2010 dans les environs de 13 heures que j’ai vu une compagnie de la gendarmerie venue entourer mon domicile. Ils m’ont tendu une convocation pour me rendre au PM numéro 3 qui était à l’époque à Kaloum. J’y suis venu trouver tant d’autres aussi arrêtés au même titre que moi. Quand j’ai demandé, je suis arrêté pourquoi, on m’a dit que les éleves de Kaliya se sont révoltés et que c’est moi le responsable. Je suis resté là et y avait même pas de visite. Ils ont tout ramassé chez moi lors d’une perquisition et j’ai perdu tout. On m’a arrêté parce que tout le monde dit que je suis neveu de Dadis.
Au PM 3 de Matam, on m’a torturé, j’ai été enfermé dans une cellule alors que le bâtiment venait d’être rénové. Ça sentait de la peinture et à cause de ça, j’ai aujourd’hui des problèmes pulmonaires. J’ai passé 3 mois à la gendarmerie. Y avait pas de visite, on ne m’envoie pas à manger très bien. Dans ma cellule, on m’a dit que je suis arrêté pour l’affaire des massacres du 28 septembre 2009.
Cest à partir de là que j’ai été transféré à la maison centrale. Je suis parti à la maison centrale sans mandat de dépôt. Et depuis, j’y ai passé treize ans sans jugement. Donc, c’est le moment de parler. Treize ans suffisent pour une détention préventive dans une prison où il n’y a même pas de soins pour des détenus. Monsieur le président, je souffre, j’ai perdu tout”,a expliqué l’accusé avant d’ajouter :
« Je n’ai jamais été nommé comme adjoint de Toumba. J’étais garde du corps du Président Moussa Dadis Camara. Le 28 septembre 2009, je n’ai pas bougé de mon bureau au camp Alpha Yaya Diallo. Je ne suis pas sorti, je ne suis pas allé au stade du 28 septembre à plus forte raison de tirer.
Avant le 28 septembre, j’avais fait un accident de la circulation à Kipé, j’ai été admis à la clinique Ambroise Paré. Ma langue était complètement coupée et ça été recousue. C’est pour cette raison que les médecins m’ont dit d’observer le silence pendant au moins deux semaines « , poursuit-il.
A la question de savoir s’il a participé aux massacres de 157 personnes au stade de Conakry en 2009, Marcel Guilavogui répond:
« Ceux qui disent ça ne savent rien. Je ne suis pas allé au stade à plus forte raison de tirer sur quelqu’un. Piller ou voler, c’est pas quelque chose qui ressemble à Marcel Guilavogui. Non, ce n’est pas moi ça », a-t-il insisté.
Et pourtant son coaccusé et quelques leaders politiques présents au stade du 28 septembre en 2009 ont tous dit dans leurs dépositions l’avoir vu ce jour là.
« C’est vrai qu’il n’y a pas d’antécédent entre le Colonel Moussa Tiegboro Camara et moi. Il a dit tout sur moi, j’étais là. Il a dit: à l’entrée du stade, j’ai vu quelqu’un qui ressemble à Marcel. Après, il dit j’ai vu Marcel, c’était lui. Monsieur le président, vous-même voyez ces allégations. Moi j’ai pas été au stade », indique-t-il.
Remonté contre sa détention prolongée, l’accusé dénonce le fait qu’il soit en prison alors qu’au même moment, certains de ses coaccusés étaient en liberté.
« Quand j’étais en prison, d’autres se promenaient comme le président Moussa Dadis Camara, le colonel Moussa Tiegboro Camara, le colonel Claude Pivi et tant d’autres qui viennent d’être mis sous mandat de dépôt », a-t-il dénoncé.
Il faut rappeler que Marcel Guilavogui est poursuivi pour des faits de meurtre, assassinats, viols, vol, pillages, incendie volontaire et violences sexuelles.
Bah Mohamed