L’ancien ministre guinéen de la Justice et Garde des Sceaux était l’invité de l’émission les grandes gueules de la radio Espace Fm ce jeudi, 14 avril 2022. Pendant près d’une heure d’interview, Maitre Cheick Sacko a commenté l’actualité socio-politique de notre pays notamment l’affaire du massacre du 28 septembre, dont le procès peine encore à voir jour.
Pour cet avocat du Barreau de Montpellier, au sud de la France, le gouvernement guinéen manque de volonté politique pour ouvrir un procès dans cette affaire de massacre d’environ 157 personnes au stade de Conakry le 28 septembre 2009.
« Moi, avant de partir, il y avait deux options: c’était de tenir le procès au cinéma liberté ou à la limite, à la Cour d’Appel de Conakry. Ce que le ministre Mory Doumbouya avait repris aussi apparemment. Le problème de bâtiment, c’est pas ça l’essentiel. Y a un problème de volonté politique. Il est évident qu’il n’ya pas de volonté et s’il n’ya pas de volonté, il n’y aura pa sce procès là. Alors qu’on n’a pas le choix, il faut le faire. Je pense que ça va se faire, mais je ne sais pas quand », a dit l’ancien garde des sceaux avant d’évoquer le cas des cadres inculpés dans cette affaire, mais qui occupaient encore des fonctions dans l’administration publique.
« Concernant les cadres inculpés, mis en examen qui avaient encore des fonctions assez importantes. Moi j’avais dit qu’au moment du procès, ces gens là seraient automatiquement mis hors de leurs structures respectives. Et là encore une fois, c’étaient là les ratés de la gouvernance que nous avons tous connus. Il est évident que quelqu’un qui est impliqué surtout dans un dossier de crime contre l’humanité, doit être en prison ou assigné chez lui mais certainement mais pas pour travailler », a-t-il déploré.
Mais à qui doit-on imputer ce retard dans l’ouverture de ce procès tant réclamé par les victimes et parents des victimes de ces massacres? Me Cheick Sacko répond :
« Moi je prends ma part de responsabilité, parce que j’ai aussi une part de responsabilité là dedans. Quand je suis arrivé à la tête du ministère de la justice, les trois magistrats ils sont encore en postes, hein. J’ai donné les moyens aux trois magistrats et j’ai exigé que l’instruction soit clôturée fin 2017. Et c’était pas évident ! Les magistrats, on les a détachés de leurs juridictions et ils ne faisaient que ça. Souleymane Bah est posté actuellement à la CRIEF, Diawara est procureur à la Cour Suprême et l’autre aussi là-bas.
Un fois que l’instruction a été clôturée, il fallait maintenant, l’organisation matérielle du procès. Donc le comité pilotage a été créé difficilement et qui a commencé à travailler également. Donc les choses avançaient normalement. Mais vous savez un procès de cette nature, on ne claque pas comme du doigt pour que ça se réalise. Il fallait aller pas à pas pour que les choses puissent aboutir. Donc, je prends ma part de responsabilité. J’avais de la volonté moi pour que ce procès puisse aboutir assez rapidement, vous pouvez demandez la présidente des victimes, madame Asmaou Diallo. Mais quand on est garde des sceaux, on a aussi des contingentements, on est dans un gouvernement, donc on doit aussi tenir compte de la position de l’équipe dans laquelle on est. On a un président de la République, et puis on a les corps constitués, il faut appeler le chat par son nom.
Je ne dis pas que ces gens là ont bloqué, je dis simplement que c’est pas uniquement le ministre de la justice quelle que soit la volonté qu’il a, si il n’est pas aidé par les structures en place, on tournera en rond. Et c’est ce qu’il s’est passé », a rappelé Me Cheick Sacko.
Bah Mohamed
