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Affaire des huissiers à la CRIEF : « du vent » pour la défense, Ecobank espère obtenir justice, verdict attendu le 28 octobre

20 octobre 2026
CRIEF : les procédures visant deux huissiers et une avocate jointes dans l’affaire Ecobank-Africof

Au terme des réquisitions et des plaidoiries dans l’affaire opposant Ecobank Guinée à deux huissiers de justice et une avocate, les avocats des différentes parties ont livré des réactions contrastées. Me Pépé Antoine Lamah, conseil de la partie civile, se dit satisfait des débats et espère que la CRIEF rétablira la banque dans ses droits. De son côté, Me Soufiane Kouyaté, avocat de la défense, qualifie les arguments de la partie civile et du parquet de « du vent ». La prochaine audience est attendue le 28 octobre 2026.

L’affaire des huissiers de justice poursuivis devant la Cour de répression des infractions économiques et financières (CRIEF) continue de susciter des échanges entre les parties. À l’issue de l’audience de ce lundi 19 octobre 2026, consacrée notamment aux plaidoiries et aux réquisitions, les avocats d’Ecobank Guinée et de la défense ont exprimé des positions opposées sur les faits reprochés aux prévenus.

Me Sory Daouda Camara, Me Mandjou Sangaré et l’avocate Me Halimé Saad Chaloub sont poursuivis dans cette affaire liée à une saisie-attribution de créances pratiquée en 2018, dans le cadre d’un litige impliquant Ecobank Guinée et la société commerciale Africof.

Avocat de la partie civile, Me Pépé Antoine Lamah s’est montré satisfait des débats. Il affirme avoir démontré la culpabilité des trois prévenus à travers les pièces du dossier et les éléments présentés devant la Cour.

« C’est avec beaucoup de satisfaction que nous sortons de cette salle. Nous avons plaidé la culpabilité de Maître Souleymane Camara, de Maître Mandjou Sangaré et de Maître Chaloub Halimé, pour des faits d’escroquerie au jugement, faux et usage de faux en écriture publique, usurpation de fonction », a-t-il déclaré.

Pour soutenir sa position, l’avocat est revenu sur l’origine du litige, notamment une ordonnance d’injonction de payer obtenue par Me Halimé Saad Chaloub en 1999. Selon ses explications, une procédure engagée devant le tribunal de première instance de Kaloum avait abouti à une décision remettant en cause cette ordonnance, dans le cadre du différend opposant l’avocate à la société commerciale Africof.

Me Pépé Antoine Lamah affirme ensuite que la cour d’appel, dans un arrêt rendu en juin 2001, avait établi que Me Chaloub restait débitrice de la société Africof.

Selon lui, l’avocate aurait attendu plusieurs années avant de remettre en avant l’ordonnance d’injonction de payer pour engager une procédure de saisie-attribution de créances entre les mains d’Ecobank Guinée.

« Me Chaloub n’a pas exécuté pour voir contre cet arrêt, elle a attendu 17 ans plus tard, pensant que les archives de la cour d’appel sont décimées et qu’on ne pouvait pas mettre main sur cet arrêt, venir donc et de manière frauduleuse remettre cette ordonnance d’injonction de payer qui n’a plus de valeur, qui est anéantie pour demander à pratiquer une saisie attribution de créances entre les mains de la société Ecobank Guinée », a-t-il soutenu.

Dans ses déclarations, le conseil de la partie civile a également mis en cause les conditions dans lesquelles le procès-verbal de saisie-attribution a été établi. Il affirme que la saisie avait été pratiquée auprès de 15 banques et que celles-ci avaient toutes répondu.

« Mais puisque l’opération était montée à dessein, les deux juges comparants ici ont à dessein inventé une fausse mention qui ne provient nullement du service public d’Ecobank pour caractériser un refus de donner effet à une saisie », a-t-il déclaré.

Me Pépé Antoine Lamah estime que cette mention aurait contribué à une décision de justice condamnant Ecobank Guinée au paiement de sommes importantes.

« Et c’est sur la base de ce procès-verbal que Ecobank sera condamnée jusqu’à la CSJA au paiement de la somme de plus de 2 millions de dollars. Et aujourd’hui, après liquidation de cette créance, Ecobank est poursuivie pour le paiement de plus de 4,6 millions de dollars », a-t-il expliqué.

L’avocat considère que les actes reprochés à Me Halimé Saad Chaloub caractérisent une escroquerie au jugement. Il estime également que l’intervention des deux huissiers aurait permis d’obtenir une décision de justice sur la base de documents contestés.

« Nous avions estimé que Maître Chaloub, consciente du fait que le titre qu’elle a exhibé n’avait plus de valeur, mais a préféré s’en astreindre, provenir tromper le juge, utiliser des manœuvres frauduleuses, des faux documents pour sarjuger une décision de justice, a commis le délit d’escroquerie au jugement », a-t-il affirmé.

Concernant Me Mandjou Sangaré, il soutient que celui-ci n’était ni huissier de justice ni clerc assermenté au moment des faits et qu’il ne disposait donc pas, selon lui, de la qualité requise pour accomplir l’acte d’exécution contesté.

Au terme de son intervention, Me Pépé Antoine Lamah a réaffirmé son espoir de voir la Cour donner raison à Ecobank Guinée.

« Donc, nous sommes fortement réconfortés dans notre position, nous fondons espoir qu’à l’audience du 28 octobre 2026, la Cour de répression des infractions économiques et financières va rétablir Ecobank Guinée dans ses droits », a-t-il conclu.

Du côté de la défense, Me Soufiane Kouyaté a rejeté les arguments développés par la partie civile et le ministère public. L’avocat estime que les accusations portées contre les prévenus ne sont pas suffisamment étayées par des preuves.

« Moi je qualifie ces réquisitions et plaidoiries de du vent, c’est comme ça je les appelle. Parce que, vous le savez tout comme moi, que nous sommes régis par les textes de loi », a-t-il déclaré.

Pour défendre sa position, il a notamment évoqué l’article 497, qu’il dit avoir invoqué lors de son intervention. Il conteste l’existence d’une preuve démontrant que la mention portée par Me Mandjou Sangaré dans le procès-verbal de saisie était fausse.

« À aucun moment, vous n’avez vu qu’on a exhibé une preuve attestant que la mention portée par Maître Mandjou Sangaré était fausse. Ils n’ont pas pu le faire », a-t-il insisté.

L’avocat a également mis en avant la signature et le cachet de l’huissier titulaire figurant sur l’acte contesté, estimant que cet élément doit être pris en compte dans l’appréciation des responsabilités.

« Mais ils nient pas aussi que l’acte a été signé par un par un huissier titulaire, cacheté par ce dernier. Si ça doit engager la responsabilité de quelqu’un, c’est qui ? Si ce n’est pas le sociétaire titulaire qui est le signataire », a-t-il interrogé.

Me Soufiane Kouyaté a par ailleurs rappelé que, selon lui, le procès-verbal de saisie-attribution avait été déclaré valable par la cour d’appel de Conakry ainsi que par la Cour suprême de justice, désignée dans ses propos par le sigle CSJA.

Il estime que cette validation constitue un élément important dans la défense des prévenus.

« Si vous voyez que à la cour d’appel de Conakry, l’acte a été déclaré valable, ainsi que devant la CSJA, c’est pour cette raison. Donc, l’argument qu’ils ont eu maintenant pour dire non que la mention qui a été posée par Maître Mandjou Sangaré était fausse, du début de l’audience jusqu’à maintenant, ils ne font que brandir l’acte d’huissier, c’est-à-dire le procès-verbal de saisie de saisie attribution de créance, qui a été déclaré valable par la CSJA », a-t-il expliqué.

Malgré les réquisitions du parquet spécial, qui a demandé sept ans d’emprisonnement contre les trois prévenus, ainsi que les demandes de réparation formulées par Ecobank Guinée, l’avocat affirme rester confiant.

« Donc, nous, nous restons sereins et en confiance, on sait que les huissiers sortiront indemnes, grâce à Dieu », a-t-il conclu.

Alors que la partie civile estime avoir apporté les éléments nécessaires pour établir la culpabilité des prévenus, la défense conteste les accusations et insiste sur la validité de l’acte de saisie litigieux.

Le parquet spécial de la CRIEF a, pour sa part, requis sept ans d’emprisonnement contre les trois prévenus, une amende de 50 millions de francs guinéens ainsi que des peines complémentaires, notamment une interdiction temporaire d’exercer pendant trois ans.

La prochaine audience est annoncée pour le 28 octobre 2026. Elle devrait prononcer son verdict dans cette affaire.

Mohamed FOFANA, pour Lerevelateur224.com.

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