La libération d’Aliou Bah, principal leader du parti MoDeL (Mouvement Démocratique Libéral), après 22 mois de détention, suscite de vives réactions à travers le pays. Si l’heure est au soulagement dans les rangs de ses sympathisants, la méfiance reste de mise.
À Labé, un conseiller communal et militant du parti pointe du doigt les potentielles conséquences juridiques de cette grâce présidentielle, craignant une manœuvre visant à écarter leur leader de l’arène politique.
Un soulagement teinté de méfiance
Pour les militants du MoDeL, la fin de ces 22 mois d’incarcération est perçue comme une victoire, mais le mode de libération laisse un goût amer. Aliou Dalein Baldé, militant du parti et conseiller communal à Labé, résume l’état d’esprit qui prévaut actuellement à la base.

« Je suis partagé par un sentiment mitigé, entre joie et peine. C’est la joie de savoir qu’Aliou Bah, un proche collaborateur, un frère, un leader, une idole, est enfin libre après 22 mois de détention arbitraire. Malgré le fait qu’il retrouve les siens, nous sommes inquiets par rapport au calcul politique qui se cache derrière cette décision », a-t-il affirmé.
Le piège juridique de la grâce présidentielle
Au cœur des préoccupations des partisans d’Aliou Bah se trouve la nature même de l’acte présidentiel. Contrairement à une amnistie ou à un acquittement pur et simple, la grâce présidentielle dispense le condamné de purger sa peine, mais n’efface en rien sa culpabilité aux yeux de la loi.
Aliou Dalein Baldé a tenu à faire cette mise au point cruciale pour éclairer l’opinion publique sur les risques politiques qui pèsent encore sur le président du MoDeL.
« Quel est ce calcul politique ? […] La grâce présidentielle veut dire que, par la magnanimité, par la grandeur de cœur du chef suprême, il accorde la liberté à quelqu’un qui est condamné. Là où il faut faire attention, c’est que la grâce présidentielle met fin à la peine, mais n’annule pas la condamnation. Elle n’efface pas la condamnation du casier judiciaire », fait-il remarquer.
Le conseiller communal rappelle ainsi que le dossier judiciaire de leur leader demeure une épée de Damoclès. Une condamnation inscrite au casier judiciaire pourrait, à terme, entraver les ambitions présidentielles d’Aliou Bah en le rendant inéligible.
« Il faut que les citoyens de Guinée comprennent une chose : la procédure dans laquelle est impliqué le président Aliou Bah n’a jamais été close. […] S’il ne sort qu’avec une grâce, il n’est pas relaxé, cela restera inscrit dans son casier judiciaire qu’il a été condamné pour les faits dont on l’accusen», assure-t-il.
Cette analyse soulève le débat sur l’utilisation des grâces présidentielles dans un contexte politique tendu, où la frontière entre la clémence d’État et la neutralisation d’adversaires politiques semble, pour certains observateurs, de plus en plus poreuse.
Depuis Labé, Mamadou Aliou DIALLO, pour Lerevelateur224.com.

