Juillet 1996. Un décret présidentiel résonne sur les ondes de la RTG. La Guinée, encore secouée par une violente mutinerie militaire, retient son souffle et découvre un prénom si rare, presque mystérieux à l’époque : Sidya Touré. Je me rappelle avoir demandé à Issa Condé, directeur général de la radio nationale, s’il le connaissait. « Non », m’avait-il répondu. Personne ne se doutait encore de l’empreinte que cet homme allait laisser dans l’histoire de notre pays, et encore moins dans ma propre vie.
Un an plus tard, en 1997, je prenais la direction générale de l’ORTG. Notre première rencontre s’est faite à l’aéroport. Ce fut un coup de foudre amical immédiat. Une estime réciproque est née ce jour-là, pour ne plus jamais s’éteindre. Au fil des jours et des épreuves du pouvoir, nos liens se sont renforcés. En 1999, il a dû quitter la tête du gouvernement. : un an après, j’ai démissionné de mes fonctions de Directeur Général.
Nos chemins professionnels s’étaient séparés, mais nos destins, eux, sont restés liés.
Pendant qu’il reprenait l’UFR créée par l’ancien maire de Macenta, Goyo Zoumanigui, pour mener le combat politique, je fondais le journal d’investigation L’Enquêteur. Il est naturellement devenu l’une des figures centrales de mes rubriques politiques et de mes grandes interviews. Aux côtés du vieux Biro, de Jean-Marie Doré, de Fatou Bangoura, de Siradiou Diallo ou de Bâ Mamadou, la parole de Sidya s’arrachait. Tous les jeudis, il faisait courir les Guinéens vers les kiosques, faisant vendre le journal par milliers d’exemplaires.
Mais le plus précieux pour moi reste l’intimité que nous partagions. Presque tous les jours ouvrables, Sidya me faisait l’honneur de m’accueillir à sa table, dans sa résidence de La Minière. Là, aux côtés de son ami d’enfance Monsieur Tham Camara, les masques de l’homme public tombaient. Nous partagions nos doutes et nos espoirs avec une complicité et une sincérité rares.
Notre amitié s’est forgée et solidifiée dans l’acier des épreuves. Quand le régime l’a fait arrêter au milieu des années 2000, ma plume n’a pas tremblé : à travers la presse, j’ai écrit pour informer et dénoncer, tout en sensibilisant sans relâche les autorités en coulisses pour obtenir qu’il soit libre. Et lorsque c’est moi qui ai été harcelé, arrêté et persécuté pour mes écrits, Sidya a été là. Il m’a soutenu, protégé et porté pendant mes moments les plus difficiles. Il n’a jamais fui, il n’a jamais douté.
Aujourd’hui, la Guinée pleure un grand Premier ministre, un réformateur pragmatique. Moi, je pleure un frère. Je pleure un compagnon d’une fidélité absolue qui a marqué chaque étape de ma vie d’adulte. Sidya était, au sens le plus noble du terme, un homme en tout.
Repose en paix, mon ami.
Boubacar Yacin Diallo.

