Le développement des infrastructures en Afrique se heurte souvent au mur de la corruption et de la mauvaise gouvernance. Si le regard critique se tourne généralement vers les agents publics, le juriste Sayon Mara soulève un point fondamental : le rôle actif et destructeur de certains entrepreneurs africains dans ce système.
En initiant la corruption pour obtenir des marchés surfacturés au détriment de la qualité, ces acteurs économiques deviennent un véritable frein à l’émergence du continent.
La surfacturation et le sacrifice de la qualité
Dans le secteur des travaux publics, notamment la construction routière, le mécanisme dénoncé est doublement pénalisant pour les États.
D’une part, les entrepreneurs usent de pots-de-vin pour gonfler artificiellement les coûts des projets (surfacturation), siphonnant ainsi les maigres ressources publiques. D’autre part, pour maximiser leurs marges bénéficiaires sur ces chantiers acquis de manière illicite, ils rognent sur les matériaux et les normes techniques, livrant des routes dont la « qualité laisse à désirer » et qui se dégraderont prématurément.
La corruption : un tango qui se danse à deux
L’analyse du juriste a le mérite de rappeler une évidence souvent occultée : il n’y a pas de corrompus sans corrupteurs. En ciblant les cadres de l’administration pour les inciter à contourner les règles de passation des marchés, ces entrepreneurs entretiennent activement un écosystème toxique. La faille ne réside donc pas uniquement dans la vulnérabilité de l’appareil étatique, mais bien dans la volonté délibérée du secteur privé de fausser le jeu concurrentiel.
« Certains entrepreneurs africains constituent un véritable frein au développement du continent. Ils corrompent les cadres pour les inciter à surfacturer les projets de construction de routes, entre autres. En plus de la surfacturation, la qualité des routes laisse à désirer. C’est pourquoi les États africains doivent faire preuve de fermeté vis-à-vis des entrepreneurs. Il y a surfacturation ou corruption dans la passation des marchés parce qu’il y a des personnes prêtes à corrompre », décrypte Sayon Mara.
Un appel à la fermeté régalienne
Face à cette collusion d’intérêts qui hypothèque l’avenir des infrastructures africaines, le constat appelle à une réaction forte des pouvoirs publics. L’État, garant de l’intérêt général, est invité à faire preuve d’une tolérance zéro. Cette fermeté doit se traduire par des audits rigoureux, des sanctions exemplaires contre les entreprises fautives (comme leur exclusion des futurs marchés publics) et un contrôle strict de l’exécution des chantiers.
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