L’étau se resserre autour de Algassimou Diallo. L’Avocat général près la Cour suprême de Guinée, récemment suspendu de ses fonctions par son ministère de tutelle, fait désormais l’objet d’une interdiction formelle de quitter le pays. Ce mercredi 19 août 2026, alors que la justice verrouillait les frontières pour le magistrat, la Présidence de la République a brisé la glace sur ce dossier, banalisant une « sanction administrative » et défiant la presse d’enquêter sur les véritables motifs de cette disgrâce.
Les frontières sous haute surveillance

La justice guinéenne ne veut prendre aucun risque. Dans une injonction adressée au Directeur Général de la Police Nationale (lettre N°567/PG/CAC/2026 datée du 19 août), le Procureur Général près la Cour d’Appel de Conakry, Fallou Doumbouya, a ordonné le blocage strict de l’Avocat général.
Le courrier exige que toutes les dispositions soient prises « sans délai » pour empêcher le magistrat de franchir les frontières nationales. Les instructions sont claires.
« Signaler immédiatement aux autorités judiciaires compétentes toute tentative de franchissement du territoire (terrestre, aérien ou maritime) par l’intéressé », a-t-il écrit.
Le Procureur Général insiste sur une exécution « effective et diligente » et exige un compte-rendu immédiat des actions entreprises par les services de police. Le document, émis sous l’égide du ministère de la Justice et des Droits de l’Homme, garde cependant un silence absolu sur les faits exacts reprochés au haut magistrat.
« Une sanction administrative » : la Présidence banalise l’affaire
Pendant que la machine judiciaire se mettait en branle, le sujet s’est invité au Palais d’État. Lors d’une prise de contact avec la presse nationale et internationale ce même mercredi, le Général Amara Camara, porte-parole de la Présidence de la République, a été interpellé sur le cas d’Algassimou Diallo.
Loin d’éluder la question, le Général a assumé la mesure prise par le ministre de la Justice, la recadrant dans une normalité institutionnelle.
« Monsieur Algassimou a été sanctionné. C’est un magistrat. Moi, je suis militaire. Dans mon métier, tous les jours, on nous sanctionne. La sanction fait partie de l’administration. Un ministre a sanctionné un cadre, où est le problème ? Où est le souci ? », s’interroge le porte-parole de la Présidence guinéenne.
Insistant sur le principe d’égalité devant la loi, le porte-parole a réaffirmé la nécessité d’un État fort : « Qui est au-dessus de la loi en République ? N’est-ce pas qu’il faut un État fort pour que les citoyens puissent avoir le minimum pour vivre en paix et en sérénité ? »
Un appel à l’investigation journalistique
Si l’administration assume la forme, le fond du dossier reste enveloppé de mystère. Plutôt que de s’attarder sur la légitimité de la suspension, le Général Amara Camara a retourné la balle dans le camp des médias, les incitant à fouiller les dossiers pour découvrir les manquements présumés du magistrat.
« Il a été sanctionné parce qu’il y a suffisamment de faits qui le justifient […]. Pourquoi a-t-il été sanctionné ? C’est ça peut-être la question que vous devriez me poser. Mais qu’on sanctionne Algassimou ou Amara, c’est normal. Allez-y chercher les faits, vous êtes journalistes, c’est ça votre travail. Quiconque mérite une sanction sera sanctionné », a-t-il affirmé.
Alpha.

