Nous sommes au Carrefour de Kolaboui, une CR située à une vingtaine de kilomètres du chef-lieu de la préfecture de Boké. Là-bas, le phénomène des arnaques liées aux prétendus voyages vers l’Europe prend de l’ampleur et touche particulièrement la jeunesse.
Plusieurs jeunes de la commune seraient actuellement bloqués entre la Sierra Leone et le Liberia, dans les mains de personnes qui se présentent comme de véritables passeurs vers l’Europe. Selon des témoignages, certaines victimes seraient contraintes, une fois en Sierra Leone, d’escroquer à leur tour leurs proches afin de pouvoir recouvrer leur liberté.
Mohamed N’Diaye affirme avoir été piégé après avoir répondu à une demande de sa sœur, elle-même victime du réseau.

« C’est ma sœur qui m’a appelé pour me dire de la rejoindre en Sierra Leone, sans en parler à personne, afin de signer un document pour elle pour qu’elle puisse partir à l’étranger. À mon arrivée, elle a récupéré le million de francs guinéens que j’avais avec moi. Deux jours après, deux jeunes sont venus nous faire passer un soi-disant test. Le lendemain, ils nous ont annoncé que nous étions admis et que je devais payer 20 millions de francs guinéens, tandis que l’autre devait payer 15 millions, pour décrocher le voyage », explique-t-il.
Selon plusieurs victimes, les présumés escrocs exerceraient ensuite des pressions sur les jeunes bloqués afin qu’ils sollicitent ou soutirent davantage d’argent à leurs familles. Certains témoignages évoquent également des violences physiques et psychologiques.
Le jeune leader de la société civile, Karamoko Moustapha Fofana, dit être particulièrement préoccupé par la situation.

« Ce qui fait peur maintenant, c’est que les personnes que nous aidons nous menacent elles-mêmes depuis la Sierra Leone. Elles ne sont pas d’elles-mêmes, sinon elles ne pourraient pas faire cela. Aujourd’hui, nous sollicitons l’aide des autorités et des parents pour pouvoir récupérer les autres qui sont bloqués là-bas. Je connais au moins plus de sept jeunes qui sont là-bas », alerte-t-il.
Face à l’ampleur du phénomène, Ibrahima Chérif BAH acteur de la société civile appelle également les autorités à s’attaquer aux causes profondes de cette migration irrégulière, notamment le manque d’opportunités pour les jeunes.

« Je crois que le mieux, c’est de créer des emplois pour nous, les jeunes, sinon ça ne va pas », estime-t-il.
D’après les témoignages recueillis, plusieurs victimes auraient déjà perdu entre 10 et 15 millions de francs guinéens dans ces réseaux présumés. Certaines affirment également avoir subi des violences physiques et psychologiques.
Les victimes et les acteurs de la société civile appellent ainsi les autorités à renforcer la lutte contre ces réseaux et à venir en aide aux jeunes actuellement bloqués en Sierra Leone et au Liberia.
Depuis Boké, Mamoudou DIALLO, pour Lerevelateur224.com.

