Cinq jours après le terrible incendie qui a ravagé le grand marché central de la capitale forestière, l’application des premières mesures gouvernementales crée un contraste saisissant et douloureux sur le terrain. Si la réduction du périmètre de sécurité ordonnée par la ministre du Commerce, Fatima Camara, permet à certains commerçants de rouvrir leurs boutiques, pour les centaines de victimes directes du brasier, ce mercredi 24 juin 2026 est une nouvelle journée de calvaire et d’impuissance.
Le supplice des sinistrés : Regarder les autres travailler
Au milieu des décombres et des conteneurs tordus par la chaleur, une frontière invisible s’est installée. D’un côté, les propriétaires des zones épargnées vaquent librement à leurs occupations. De l’autre, les sinistrés errent, sans étal, sans abri et sans capital, condamnés à observer le retour à la normale de leurs collègues.
Amadou Oury Diallo, un commerçant qui a tout perdu, témoigne de ce traumatisme quotidien devant la carcasse calcinée de son ancienne boutique.
« Moi qui suis arrêté devant vous, je n’ai aucun lieu où je vais faire sortir mon bagage, parce qu’il n’y en a pas. Tout a été réduit en cendres. Mais malgré tout ça, on ne peut pas rester assis à la maison pendant qu’on a des familles à nourrir. Il faut qu’on ait où rester pour chercher notre prix de pain en attendant la reconstruction », raconte-t-il.
Au-delà de l’espace de vente, c’est une crise humanitaire immédiate qui couve. « Il y en a certains parmi nous aujourd’hui, ils sont totalement pauvres. Si vous ne leur donnez pas un plat à manger, ils n’ont pas de quoi s’alimenter », lâche-t-il avec gravité.
L’urgence d’une alternative provisoire avant la reconstruction
Pour ces pères et mères de famille, attendre le lancement et la fin des grands travaux de reconstruction promis par le président Mamadi Doumbouya est un luxe temporel qu’ils ne peuvent pas se permettre. La pression de la vie quotidienne et les dettes contractées auprès des créanciers ou des banques accentuent l’urgence.
Ousmane Bah, une autre victime direct du sinistre, ne cache pas ses larmes face à l’inactivité forcée qui frappe tout son entourage.
« Quand on regarde, on a que les yeux pour pleurer. Nos conteneurs ont été ravagés. On prie pour que l’autorité n’attende pas trop longtemps avant de nous trouver une alternative rapide pour qu’on ait un endroit pendant ce moment de crise. J’ai perdu presque toute mon économie, et mes frères, mes sœurs et mes amis ont tous été affectés », a-t-il alerté.
L’ANGUCH et la municipalité interpellées
Face à cette fracture sociale naissante sur le site du marché, les regards se tournent désormais vers la municipalité et l’Agence nationale de gestion des urgences et catastrophes humanitaires (ANGUCH), dont le directeur général était en constatation sur les lieux mardi avec le parquet.
Les sinistrés n’attendent pas seulement des promesses de reconstruction à long terme, mais des mesures d’urgence immédiates : un site de recasement temporaire, des tentes humanitaires ou des allocations de subsistance pour traverser la saison des pluies. L’élan de solidarité et de maturité salué par le Gouverneur, le Colonel Moussa Condé, doit maintenant se traduire par des actions d’assistance financière directes pour éviter que la détresse ne se mue en colère sociale.
Depuis N’Zérékoré, JOB BEAVOGUI, pour Lerevelateur224.com.
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