C’est l’heure des règlements de comptes post-électoraux. Trois jours après les fermes rappels du Parquet Général de Conakry concernant la centralisation des votes du double scrutin du 31 mai 2026, l’Union pour le Progrès et le Renouveau (UPR) vient de plonger officiellement dans une crise interne majeure. Dans une virulente « Déclaration N°2 » publiée ce lundi 8 juin 2026, un collectif de cadres et de fondateurs du parti tire à boulets rouges sur le Bureau Exécutif National (BEN) après une déroute électorale sans précédent.
L’effondrement d’un monument de l’histoire politique guinéenne
Le constat dressé par les frondeurs est implacable et historique : pour la toute première fois depuis l’avènement du multipartisme en Guinée au début des années 1990, l’UPR — parti fondé par feu Siradiou Diallo et dirigé par Elhadj Bah Ousmane — n’aura aucun député pour siéger à l’Assemblée nationale.



Le bilan global du parti sur l’ensemble du territoire national est qualifié de « lamentable » et « humiliant » par les signataires. Zéro siège au Parlement, une seule mairie décrochée (Tountouroun, dans la préfecture de Labé), une poignée de conseillers communaux relégués dans de rares bastions du Foutah (Diari à Labé ; Bantighel, Sintali, Bourouwal Tappé, Gongoré et Ninguelandé à Pita) et de la Basse-Guinée (Tanénè, dans la région de Boké récemment quadrillée par l’alliance GMD-UMP). Le constat est amer.
L’amateurisme et le « marchandage de postes » pointés du doigt
Pour la fronde interne, ce score catastrophique est « de loin en deçà de la réalité et de l’assise » du parti. Les signataires accusent frontalement certains cadres du Bureau Exécutif National d’avoir agi par pur opportunisme pour tenter de s’octroyer des sièges de députés, en ignorant superbement les structures de base.
La déclaration va plus loin et dénonce une manipulation interne opportuniste, affirmant que ces cadres ont bien su tirer profit de la gestion incohérente du Parti depuis un certain temps, mais aussi et surtout de l’état de vulnérabilité dans lequel se trouvait son Président suite à la douloureuse perte de sa fille.
Rappelant les griefs déjà exprimés dans une première déclaration le 1er mai dernier, le collectif fustige une stratégie suicidaire basée sur « l’exclusion, le déni et le marchandage des postes ».
L’appel au sursaut et la préparation d’un congrès de rupture
Malgré la violence du désaveu, les contestataires refusent d’acter la mort clinique de l’UPR. Convoquant la pensée du philosophe Confucius – « Notre plus grande gloire n’est pas de ne jamais tomber, mais de nous relever chaque fois que nous tombons » – , ils appellent à une réorganisation totale et inclusive.
La déclaration adresse des remerciements appuyés aux fédérations, sections et militants de la base qui ont sauvé l’honneur du parti sur le terrain, sans aucun soutien logistique ou financier de l’organisme central du BEN. Le collectif lance un appel solennel au Président du parti, Bah Ousmane, pour tirer les leçons de cet échec « sans complaisance » et convoquer un congrès national dans les plus brefs délais afin de rebâtir l’UPR.
Cette fracture ouverte illustre la reconfiguration brutale du paysage politique guinéen au sortir de la transition. Alors que les grandes coalitions et la « Vague Orange » du PACT de Dr Makalé Traoré redessinent les rapports de force, les partis traditionnels n’ayant pas su renouveler leurs cadres subissent de plein fouet la sanction des urnes.
Pour rappel, l’UPR est née en septembre 1998 de la fusion historique entre le PRP (Parti du Renouveau et du Progrès) de Siradiou Diallo et l’UNR (Union Nationale pour la Prospérité) de Ba Mamadou. Pendant deux décennies, ce parti a incarné une force centriste majeure de l’opposition, puis de la mouvance présidentielle, jouant un rôle de pivot dans les grandes alliances républicaines de la Guinée.
Alpha Madiou BAH.

