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Sénégal : le seul «crime» de Madiambal Diagne

2 décembre 2025

Le verdict est tombé, enfin… il a été poliment décalé. Le 27 novembre 2025 ne passera pas à l’histoire comme le jour de l’extradition d’un simple homme d’affaires, mais comme celui de la victoire provisoire de la décence judiciaire. Une petite victoire à la Pyrrhus pour l’instant. Sur ce qui ressemble furieusement à une vendetta politique mal ficelée.

L’affaire Madiambal Diagne, journaliste émérite, patron de presse, et, visiblement, abonné aux maux de tête des régimes en place, n’est plus une obscure histoire de colonnes de chiffres. C’est désormais le procès de la liberté de la presse au Sénégal. Un procès qui expose, en plein jour et sans filtre, la tentation autoritaire du régime du Président Bassirou Diomaye Faye, en place depuis avril 2024.

En gros, Dakar a commandé un café serré et Versailles a répondu : « Non, on va prendre notre temps, merci. »

La Cour d’appel de Versailles a agi en véritable sentinelle des principes judiciaires.

En reportant sa décision au 3 février 2026 et surtout en exigeant du Sénégal des garanties formelles sur l’équité du procès, la justice française a envoyé un signal fort aux prédateurs de la liberté de la presse.

Là-dessus, les médias francophones basés à Paris, suivant l’affaire de près, s’accordent à dire que la France ne sera pas le bras armé d’un règlement de comptes déguisé. Tant mieux !

La demande des magistrats, notamment en termes de précision des faits, de base légale, et de garanties d’un procès juste, est cinglante. Elle confirme, point par point, les doutes soulevés par Madiambal Diagne lui-même.

Ce journaliste, qui a déjà connu les geôles sous Abdoulaye Wade pour ses écrits, est un vieux routier de la résistance. Sa mise en examen apparaît moins comme la quête de la vérité que comme une tentative d’étouffer une voix critique, qui dérange.

À bien analyser l’acharnement procédural dont est victime Madiambal Diagne, un véritable festival de conséquences collatérales ayant mené des confrères et même des membres de sa famille sous la menace des foudres régaliennes du régime Faye, on peut, sans risquer de se faire inculper pour diffamation, établir que le véritable chef d’accusation non écrit qui pèse sur lui n’est autre que le délit de lucidité déplaisante.

Quant aux accusations de 21 milliards de francs CFA, le journaliste et Président d’honneur de l’UPF les balaye comme étant « ridicules et grotesques ». Le fait que la procédure se concentre uniquement sur son entreprise, épargnant le contractant principal, Ellipse Projects, est dénoncé par les observateurs. Ils y voient la preuve la plus flagrante d’une motivation qui n’est pas financière, mais politique et personnelle.

Son crime n’est pas d’ordre financier. C’est celui d’avoir été un empêcheur de tourner en rond professionnel, d’avoir dénoncé, avec l’obstination d’un vieux bulldog, les dérives dictatoriales qu’il voit poindre à l’horizon politique de son pays. Son combat n’est pas une course d’évasion, mais une exigence de justice !

Diagne est un journaliste. Il ne cherche pas à se soustraire à l’autorité judiciaire, mais à s’assurer qu’elle ne soit pas la chambre d’enregistrement zélée et instrumentalisée par le régime du Président Diomaye Faye, demandant à ce que la balance de Thémis cesse d’être déséquilibrée par la lourde main du politique.

L’affaire Diagne dépasse largement son cas personnel. Elle est le reflet d’une régression démocratique dont l’arrestation de journalistes pour une simple interview avec lui est un symptôme particulièrement grave.

Madiambal Diagne, homme d’honneur, ne demande qu’à retourner dans son pays pour s’expliquer, à condition que le Sénégal garantisse les bases minimales de la justice.

En attendant le 3 février 2026, le monde observe. L’espoir est que l’exigence de transparence et de légalité posée par Versailles finisse par contraindre Dakar à renoncer à cette chasse à l’homme qui salit l’image de la démocratie sénégalaise.

La résistance de Madiambal Diagne est celle de tous ceux qui croient encore à un journalisme libre en Afrique de l’Ouest. Car la liberté de la presse n’est pas un acquis éternel, mais un combat permanent. Il doit être mené non seulement par les journalistes eux-mêmes, mais aussi par tous les citoyens, associations, et institutions qui croient en la liberté fondamentale d’informer et au droit inaliénable du public à une information de qualité.

 

Par Alpha Abdoulaye Diallo, in Le Populaire du 1er décembre 2025

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