Il était 12 heures ce mardi, à Koulifanya, un quartier animé de la commune urbaine de Boké. Sous un soleil accablant, la tension était palpable devant la station-service UTS, la seule encore opérationnelle dans toute la ville. Une file interminable s’étire le long de la chaussée, faite de voitures, de motos, et d’hommes portant des bidons jaunes et bleus. Tous espèrent, parfois en vain, obtenir quelques litres de carburant.
Depuis une semaine, Boké est plongée dans une crise aiguë d’essence. Sur les cinq stations-service que compte la commune urbaine, seule celle de Koulifanya continue à fonctionner. Une situation critique, qui paralyse la circulation et alimente l’exaspération générale.
Parmi les nombreux usagers, Ousmane Camara, la trentaine, n’a pas bougé depuis quatre heures. Assis sur sa moto, il tente de contenir sa frustration.
‘’Chaque jour, on vit le même calvaire. On arrive tôt, mais ce sont ceux avec des bidons qui sont servis en premier, parce qu’ils versent 10 000 francs aux pompistes. Ensuite, ils vont revendre ça à un prix fort dans les quartiers. Moi je veux juste 5 litres’’, lâche-t-il, visiblement épuisé, assurant que ‘’des amis ont même passé la nuit ici.’’
Plus loin, Malick Sylla pousse sa moto, à bout de souffle. Il a quitté à Wakrya, un quartier situé à plus de cinq kilomètres. Son réservoir ne contient qu’un demi-litre d’essence.
‘’Je suis arrivé à 5 heures. Je doute encore de pouvoir me ravitailler. Regardez cette foule !’’, dit-il en balayant la scène du regard, résigné.
L’odeur du carburant, le bruit des moteurs en marche, les éclats de voix, tout témoigne d’un désordre maîtrisé de justesse. Certains tentent de contourner la file, d’autres mendient quelques gouttes auprès de leurs pairs.
Morlaye Soumah, quant à lui, reste stoïque sur sa moto, les yeux plissés par le soleil. Il lance un cri du cœur à l’attention des autorités.
‘’Il y a trop de pénuries ici à Boké. On en a marre. Le gouvernement doit vraiment faire quelque chose’’, a-t-il lancé.
Au-delà de la frustration, cette crise a un impact direct sur le quotidien des habitants. En quelques jours, le prix du litre d’essence, qui oscillait autour de 15 000 francs guinéens, a grimpé à 20 000, voire 25 000 sur le marché noir. Une inflation qui se répercute automatiquement sur le coût du transport, déjà élevé pour de nombreux citoyens.
Depuis Boké, Mamoudou DIALLO, pour Lerevelateur224.com.
