À quelques jours de la rentrée scolaire prévue le 06 octobre prochain, l’inquiétude grandit chez les parents d’élèves de Yardô, sans doute le plus grand district de la sous-préfecture de Gbangbadou, situé à 40 km de la commune urbaine de Kissidougou. Depuis 2024, l’unique école franco-arabe de cette localité n’est toujours pas opérationnelle par faute d’enseignants.

Pour cause, les 4 enseignants contractuels qui tenaient cet établissement dont l’effectif s’élevait à plus de 150 élèves, ont décidé de bouder les classes, parce que tout simplement aucun d’entre eux n’a été retenu suite au récent recrutement massif des contractuels d’État à travers le pays. Démoralisés et déçus à la fois, ces enseignants se sentent trahis et abandonnés par l’État, malgré tant d’années d’efforts et de sacrifices au service de l’éducation nationale.
Aujourd’hui, ces 4 enseignants qui résident tous à Yardô ne sont pas prêts à reprendre le chemin de l’école. Ils sollicitent leurs engagements à la fonction publique. Ousmane Camara, le directeur dudit établissement, porte la voix de ses collègues.

‘’Cette école a été créée en 2005 suite aux efforts conjugués de la communauté et de notre partenaire Saïkou Tawill. C’est pour dire que les populations de Yardô attachent beaucoup d’intérêt à l’existence de cette école. Moi, je ne peux pas en vouloir aux enseignants, parce qu’ils sont tous des pères de famille et ils ont opté pour l’enseignement, afin de subvenir aux besoins de leurs différentes familles. Mais je peux dire que l’État nous a abandonnés. C’est pourquoi, nous avons entrepris d’autres activités pour survivre.
Si l’État nous rassure avant la rentrée scolaire, nous sommes prêts à reprendre les cours, car nous-mêmes c’est notre souhait. Tout est prêt ici, le bâtiment est là en bon état, les enseignants sont tous présents et les élèves sont là. Sinon, ce n’est pas par manque de volonté, mais devant l’impossible, nul n’est tenu. On dit souvent qu’un sac vide ne peut pas se tenir debout. C’est pourquoi, nous demandons humblement au Président de la République, le Général Mamadi Doumbouya de s’impliquer personnellement pour notre situation, c’est dans l’intérêt des élèves et de leurs parents’’, a-t-il sollicité.

Malgré leur impatience de voir leurs enfants reprendre les cours, les parents d’élèves se voient impuissants face à cette situation. A leur tour, ils invitent l’État à revoir le cas de ces enseignants contractuels pour la survie de l’enseignement franco-arabe à Yardô. C’est le même son de cloche chez le patriarche de la communauté doyen Mamadi Kourouma.

‘’Bien sûr, il y a une école française dans notre district. Mais ici, beaucoup de parents souhaitent que leurs enfants fassent franco-arabe, afin que ces enfants maîtrisent les deux langues. Nous sommes fatigués maintenant. Mais nous comptons sur ces enfants pour assurer la relève. Cette situation commence à perdurer, car l’année passée, nos enfants sont restés à la maison et encore cette année, nous sommes à quelques jours de la rentrée scolaire, il n’y a toujours pas de bons signes. Vraiment, cela nous inquiète et nous préoccupe à plus d’un titre. C’est pourquoi, au nom de ma communauté, j’invite les autorités de tout mettre en œuvre pour rassurer les enseignants pour qu’ils reviennent en classe’’, a-t-il plaidé.
La situation de ces enseignants survient dans un contexte où les voix s’élèvent pour condamner la relégation de l’enseignement franco-arabe au second plan dans notre pays. Beaucoup d’observateurs accusent l’État guinéen de n’avoir pas accordé autant d’intérêt à l’enseignement franco-arabe.
Reste à savoir si ces appels tomberont dans les bonnes oreilles. Pour l’instant, l’espoir de voir cette école rouvrir ces portes à la rentrée prochaine, reste toutefois mince.
Depuis Kissidougou, Ousmane Nino SYLLA, pour Lerevelateur224.com.
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