La mendicité prend une ampleur inquiétante dans la commune urbaine de Boké, notamment aux abords des mosquées, des marchés, et même autour des feux tricolores. Un phénomène qui suscite l’inquiétude des citoyens et des autorités religieuses locales. Ce dimanche 14 septembre 2025, l’imam et chroniqueur islamique, Oustaz Ibrahim Khalil Diallo, est monté au créneau, pour dénoncer cette pratique et rappeler sa prohibition en islam.
Dans un entretien accordé à notre correspondant régional, Oustaz Diallo a tenu à clarifier la position de l’islam sur la mendicité.

‘’La mendicité est une chose prohibée en islam. Le Prophète (PSL) nous recommande de travailler et de subvenir à nos besoins. Il n’est pas permis de vivre aux dépens des autres sans nécessité absolue’’, a-t-il déclaré.
L’imam rappelle que le travail est un acte d’adoration, au même titre que la prière ou le jeûne. À l’appui, il évoque une anecdote tirée de la tradition prophétique.
‘’Un homme passait tout son temps à la mosquée, dédié à l’adoration. Lorsque le Prophète lui demanda qui subvient à ses besoins, il répondit : ‘Mon frère’. Le Prophète répondit alors que son frère était meilleur que lui, car il travaillait, soutenait quelqu’un, tout en accomplissant ses obligations religieuses’’, rappelle-t-il.
Dans les rues de Boké, les citoyens eux-mêmes s’étonnent de l’ampleur que prend la mendicité, notamment chez des jeunes en pleine possession de leurs moyens physiques.
‘’Chaque jour, des jeunes viennent me tendre la main. Mais quand tu leur proposes de venir t’aider à porter des marchandises ou balayer devant les boutiques, ils refusent. Ce n’est pas normal’’, déplore Mamadou Lamarana Diallo, commerçant au marché central.
Même frustration chez Fanta Diallo, vendeuse de légumes. ‘’Certains mendiants gagnent plus que nous qui travaillons du matin au soir sous le soleil. Et ils reviennent chaque jour comme si c’était un travail’’, soutien-t-elle.
Pour Oustaz Diallo, lorsque la mendicité devient un choix délibéré, plutôt qu’une situation subie, elle constitue un fléau aux répercussions multiples.
Sur le plan social : elle entretient la paresse et la dépendance ;
Sur le plan économique : elle prive la société d’une main-d’œuvre active ;
Sur le plan religieux : elle empêche le musulman de remplir certains devoirs comme la zakat (aumône obligatoire) ou le pèlerinage à La Mecque.
Toutefois, l’imam reconnaît que certaines situations peuvent justifier temporairement le recours à l’aumône, comme pour les voyageurs bloqués, les malades, les personnes en situation de handicap, les veuves ou encore les personnes surendettées.
‘’Dans ces cas, l’islam autorise de demander de l’aide, mais cela ne doit pas devenir une habitude ou un métier’ , précise-t-il.
En conclusion, Oustaz Ibrahim Khalil Diallo exhorte les habitants de Boké à revoir leur rapport au travail, à la dignité et à la foi. Il lance un double appel : aux personnes valides, afin qu’elles se prennent en charge par le travail, et aux personnes aisées, afin qu’elles soutiennent avec discernement les plus démunis.
‘’Le jour du jugement dernier, Allah nous demandera des comptes pour chaque centime : comment on l’a obtenu, et comment on l’a utilisé. Il faut que nos revenus soient licites et nos dépenses justes’’, a-t-il rappelé.
Un message fort, à la fois moral et spirituel, qui vise à faire de Boké une société plus responsable et solidaire, où le travail retrouve sa juste valeur dans la construction individuelle et collective.
Depuis Boké, Mamoudou DIALLO, pour Lerevelateur224.com.
