Depuis belle lurette, on répète à la jeunesse guinéenne que l’avenir du pays repose sur ses épaules. Ce slogan, vidé de sens à force d’être répété sans actes concrets, semble aujourd’hui n’être qu’un leurre.
En observant de près notre trajectoire dans son ensemble, un constat s’impose : notre marche est entravée. Nous en sortons le cœur serré, l’esprit troublé, le regard assombri. Car le retard est palpable, profond, et parfois chaotique, surtout si l’on se compare à nos voisins de la région, ceux du Sénégal, du Fasso, du Ghana, du Togo…
Chers jeunes de Guinée, notre histoire est complexe. Face à cette réalité, agissons avec discernement. Travaillons avec la tête et non uniquement avec le cœur, car l’émotion excessive mène souvent au regret. Le respect durable, celui qui vient de nos dirigeants, naît de la rigueur et de l’intégrité.
Refusons d’être manipulés. Nous méritons mieux que d’être des instruments ou comme des papiers de toilette. Trop souvent, nous servons de tremplins à des ambitions politiques ou personnelles qui ne nous profitent guère. Tantôt utilisés par le pouvoir, tantôt dupés par des politiciens aux desseins douteux, nous finissons par nous perdre et ça fait des décennies que cette équation est équilibrée de la sorte.
Pourquoi devons-nous nous livrer à des insultes publiques tous les jours pour faire plaisir à ceux qui paient nos factures ? Pourquoi nous vendre à vil prix pour des miettes de reconnaissance ? Pourquoi trahir nos principes pour jouer les bons samaritains ? Blesser pour exister ? Mentir pour survivre ? Diffamer pour se sentir utile ? Nous valons bien plus que cela.
Aujourd’hui, nous peinons à prendre en main notre propre destin. Divisés, désorientés, manipulés, déboussolés, nous nous croyons pourtant éclairés.
Le jeune Peul pense que le pouvoir de tel est contre sa communauté. Le jeune Malinké croit que le jeune Peul est son ennemi. Le Forestier, le Sosso, et d’autres jeunes tombent dans le même piège identitaire. Ainsi, nous nous enfermons dans des suspicions ethniques stériles et destructrices.
Qui profitent ? Les vendeurs d’illusion bien sûr ! Ces politiciens manipulateurs et dirigeants aveugles utilisent ce principe latin : Divide et impera. Comme le dit Sun Tsu dans son livre « Art de la Guerre » : Si ton ennemi est uni, divise-le.
Mais alors, où va ce pauvre pays ? Pourquoi ne pas nous tendre la main et agir ensemble ? Nous sommes forts, puissants, redoutables, mais uniquement lorsque nous sommes unis. Seul, on va plus vite ; ensemble, on va plus loin. Et c’est là le secret du succès durable.
Chers jeunes de Guinée, dénigrer ton frère ou ta sœur pour te faire une place auprès du chef n’est ni noble ni durable. Le mal revient toujours à son auteur. Ils sont nombreux dans les rouages de l’administration publique qui front ce jeu pour se nourrir !
Aujourd’hui, certains ont fait de la calomnie et la diffamation un métier : « Chef, ce jeune est contre vous », « Il veut ceci, il complote cela… » Dans quel but ? Obtenir des faveurs ? Écarter un rival ? Ce jeu malsain doit cesser.
Et si, plutôt, nous œuvrions pour que le mérite devienne le seul critère de réussite dans notre pays ? Et si nous apprenions à nous faire respecter par nos dirigeants en changeant d’abord nos comportements et nos mauvaises habitudes ? Changeons notre logiciel de pensée pour sauver ce beau pays du naufrage. Oui, il nous manque un mindset créatif, déterminé et perspicace pour triompher.
Le succès facile est une illusion. Une jeunesse ambitieuse n’a pas besoin de marcher sur sa dignité et son intégrité pour profiter de la richesse de son pays. Seuls la justice, la sincérité et la rigueur envers soi-même peuvent conduire à un véritable changement.
Le feu Président Ahmed Sékou Toure envoya un message vibrant et historique à la jeunesse lors de la tenue du Conseil National de la JRDA, réuni le 19 et 20 septembre 1977 : « La jeunesse consciente doit combattre en soi et chez les autres, l’opportunisme, le masochisme, l’esprit de prosternation devant la force et devant la richesse, l’esprit de flatterie, d’adulation et de bassesse, l’esprit de démission, et cultiver en soi et chez les autres et pratiquer la dignité, l’esprit de responsabilité. Elle doit combattre en soi et chez les autres le racisme, le tribalisme, le sectarisme, l’irrationnel, le fétichisme et cultiver en soi et pratiquer l’idéologie de la fraternité révolutionnaire dominant la fraternité biologique et pratiquer la ligne de masse, la justice révolutionnaire, l’égalité entre les sexes, entre les ethnies et entre les couches d’âges, l’amour du rationnel et du réel objectif.. »
Jeunesse guinéenne, il est temps de se lever non pas pour marcher sans direction mais pour bâtir, réfléchir, s’unir, et s’élever. Le destin de la Guinée ne dépend de personne d’autre que de nous-mêmes.
Changeons notre logiciel de pensée pour bâtir une nation forte, émancipée et intègre.
Dr Karamo Kaba
Spécialiste en Santé publique
Auteur des livres
– Au prix de la Vocation
– Les secrets du Couple
