Depuis quelques jours, la Guinée fait face à une pénurie croissante de farine qui menace la production et la disponibilité du pain sur toute l’étendue du territoire national. Dans une interview accordée à notre rédaction ce jeudi 24 juillet 2025, Elhadj Alpha Oumar Sacko, président de l’Union Nationale Professionnelle des Boulangers et Pâtissiers de Guinée, interpelle les autorités sur cette pénurie de farine qui commence à prendre de l’ampleur dans le pays.
Prenant la parole, il est d’abord revenu sans détour sur l’origine de cette crise, et les démarches qui ont été entreprises par son organisation, et les solutions urgentes à mettre en œuvre. Selon lui, cela fait plus d’un mois que les boulangers ont alerté les autorités sur l’imminence d’une rupture de stock en farine de blé.
‘’Nous avons commencé il y a plus d’un mois maintenant, à alerter le gouvernement par rapport à la pénurie de la farine et le blocage du bateau au port. On a écrit au ministère du commerce, au ministère de l’artisanat, on les a déjà avertis. A la Primature aussi, on s’est déjà annoncé en disant qu’il n’a qu’à intervenir pour que le bateau puisse décharger’’, a-t-il déclaré.
Poursuivant, il déplore un manque de coordination au port, où le navire transportant le blé aurait été plusieurs fois remplacé par d’autres, retardant ainsi son déchargement.
‘’C’est ce qu’il n’a pas pu faire directement, parce que quand on envoie le bateau aujourd’hui, à deux jours, on l’enlève, on met un autre bateau, à la place du bateau transportant le blé et c’est ce qui a envoyé la pénurie de la farine’’, a-t-il ajouté.
Par ailleurs, cette entrave répétée a provoqué une pénurie qui fait flamber les prix, assure notre interlocuteur. ‘’Le sac de farine, vendu à 350 000 francs guinéens il y a quelques semaines, atteint désormais 400 000 à Conakry, 500 000 voire 600 000 GNF dans certaines régions de l’intérieur. Il n’y a presque plus de farine. Même les baguettes de pain deviennent introuvables dans certaines villes. C’est toute la chaîne de production qui est paralysée’’, alerte-t-il.
Plus loin, il dénonce les tentatives de certains boulangers de modifier les conditions de vente du pain pour s’adapter à la crise. « Certains réduisent le poids du pain, d’autres envisagent d’augmenter le prix. Mais ce n’est pas acceptable. Nous n’avons reçu aucune autorisation d’augmentation. Tant qu’on n’a pas de farine, il vaut mieux arrêter momentanément la production que de tromper les consommateurs », a-t-il déclaré.
Pour le président des boulangers, il n’existe qu’une seule solution pour sortir la Guinée de cette crise. « La seule chose qui va enlever cette crise, c’est de laisser le bateau faire le débarquement du blé. Le blé vient à l’usine. L’usine produit la farine. C’est ce qui va enlever la crise. Sinon, je ne vois pas autre chose. Une fois le blé livré aux usines comme Sonoco ou Tafadji, la production de farine pourra reprendre et les boulangers reviendront à leurs activités normales. Mais tant que le blé n’arrive pas, la crise persistera », a-t-il insisté.
Pour clore son intervention, il lance un appel au calme et à la responsabilité. « Aux boulangers, je demande de respecter les règles. Pas de spéculation. Et à la population, je demande de comprendre la situation. Ce n’est pas la faute des boulangers ni des industries. C’est un blocage qu’il faut régler rapidement, au sommet. Tout le monde est averti par écrit. J’ai dénoncé dans les radios et à la télé, je crois que c’est le mieux qu’on puisse faire. Le reste, c’est le gouvernement qui va permettre au bateau de descendre régulièrement », a-t-il lancé.
Gnama KABA, pour Lerevelateur224.com.
