L’annonce de l’adoption par le CNT d’un accord de financement des travaux de réhabilitation de la route nationale Kankan-Kissidougou, suivie du passage d’une équipe d’études topographiques sur ledit tronçon, avait suscité un grand enthousiasme chez les usagers et riverains de cette route en proie à une dégradation poussée. Aujourd’hui, trois mois après cette annonce, l’espoir s’étiole et cède la place à l’inquiétude et au désenchantement.
A la place du plaisir du voyage, les usagers de ce tronçon s’exposent à tout: l’inconfort, des pannes des engins, coût de transport exorbitant, l’insécurité etc. Pratiquement, les grandes pluies qui s’abattent sur la zone en cette période hivernale, aggravent sans nul doute la situation de cette route provoquant par endroits de l’érosion, des nids de poule, des eaux stagnantes et la boue partout. Ousmane Diallo est un motard qui est fréquent sur ce tronçon. Il soutient que cette route ne fait pas de cadeau aux usagers.

‘’Moi, j’ai quitté la commune urbaine de Kissidougou à 10 heures 14 minutes et je suis arrivé à Banankôrô carrefour à 11 heures 17 minutes. Ce qui veut dire que j’ai fait une heure sur un trajet de 35 kilomètres. Cela en dit long sur l’état de la route. J’ai dépassé beaucoup de véhicules coincés dans la boue, cela est fréquent ici. Si rien n’est fait, cette route risque d’être coupée et c’est ce que l’on ne souhaite pas, car elle est d’une grande importance. Il y a trop de promesse autour de cette route depuis le temps Alpha Condé jusqu’au régime de Doumbouya. On ne voit rien. Cette route mène à Siguiri, Bamako, Côte d’Ivoire et Kankan. Le meilleur cadeau qu’on puisse offrir aujourd’hui aux citoyens de Kissidougou, c’est la réhabilitation de cette route’’, a-t-il lancé.
En route pour Siguiri, le chauffeur Ansouma Keita est contraint de débarquer les passagers dans ce petit village de Koundeya, à cause d’une panne de dynamo.

‘’Depuis 1990, je pratique cette route, mais chaque fois quand les pluies commencent, cette route se transforme en enfer pour nous. Regardez les passagers qui sont couchés partout, ils sont fatigués. A cause du mauvais état de la route, le tendeur s’est coupé et le dynamo est endommagé. Donc, je suis obligé de fabriquer moi-même pour me débrouiller jusqu’à Tokounou. Vraiment, depuis au temps de Lansana Conté, nous n’avons pas eu de bonheur sur cette route. Maintenant, moi je ne crois à aucune promesse, si ce n’est pas par votre respect, je n’évoque même le cas de cette route’’, a-t-il avoué dans un ton révolté.

En guise de solidarité aux usagers, les riverains se mobilisent souvent pour entretenir quelques points noirs de la route. C’est le cas de la jeunesse de Gbangbadou,.qui a pris la bonne initiative de remplir les trous avec des pierres pour faciliter le passage des engins. Facely Mara porte leurs voix.

‘’Chaque fois, il y avait des accidents à cet endroit précis. C’est pourquoi, nous avons pris l’initiative de mobiliser la jeunesse du village pour remplir cette partie avec des pierres. C’est devenu aujourd’hui un peu bon et nous continuons devant. Bien sûr c’est le rôle de l’État, mais parfois, il ne faut pas attendre l’Etat. Parfois, les usagers nous font des cadeaux pour nous encourager’’, a-t-il raconté.
En outre, la dégradation de cette route est devenue un facteur d’insécurité avec la récurrence des scènes d’attaques à main armée perpétrées par des coupeurs de route. Des attaques parfois spectaculaires et violentes entraînant des pertes en vies humaines, comme celle qui a occasionné la mort par balle d’un chauffeur dans un passé récent.
Du côté des autorités, c’est toujours silence radio. A quand donc le démarrage des travaux sur cette route long de 185 Km ? La question reste posée !
Depuis Kissidougou, Ousmane Nino SYLLA, pour Leremvélateur224.com.
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