Trop longtemps, la République de Guinée est prise en otage par un système politique animé par de véreux acteurs de tous les côtés. Ce spectacle déshonorant n’honore point notre culture et mœurs.
Toutes les opportunités transformationnelles de notre société se trouvent à chaque fois envahies par une horde prête à tout pour saper le cap défini et dans l’élan de se l’approprier en déformant les réalités sociopolitiques de cher pays. Oh que c’est très dommage !
Ce n’est plus un secret : un véritable business s’est construit autour de la fragilité de notre État. La crise n’est plus une fatalité, elle est devenue une rente. À chaque transition politique, à chaque tension sociale, on voit émerger une armée de professionnels de la contestation, sans vision, mais avec une remarquable capacité à transformer le désordre en dividendes personnels.
Depuis les indépendances, ce cycle se répète. Les élites politiques – qu’elles soient au pouvoir ou dans l’opposition – se sont trop souvent servies du peuple au lieu de le servir. Le multipartisme, pourtant arraché de haute lutte, s’est transformé en une foire d’empoigne où les partis se multiplient, non pour enrichir le débat démocratique, mais pour capter des ressources, des postes ou une visibilité médiatique. La politique est devenue une affaire de rente, pas de conscience.
En 2007, en 2009, en 2010, en 2020 et aujourd’hui encore, chaque crise a vu se rejouer le même théâtre : appels à la mobilisation, martyrs instrumentalisés, négociations de couloir… puis silence, oubli, compromissions. Le peuple, lui, reste là, épuisé, désabusé, trahi. Les vrais problèmes – éducation, santé, justice, emploi – sont relégués au second plan par les querelles d’ego et les gesticulations partisanes.
Il est temps de briser ce cercle vicieux. Il faut moraliser la vie publique, redonner du sens à l’engagement politique et placer l’intérêt général au-dessus des calculs personnels. Cela passe par :
La régulation stricte du financement des partis politiques ;
L’exigence de bilans publics pour les organisations qui se disent représentantes du peuple ;
La formation civique et politique des citoyens pour qu’ils cessent d’être instrumentalisés ;
Et surtout, la refondation d’un espace public centré sur les idées et non sur les invectives.
La République de Guinée n’est pas condamnée à vivre dans l’instabilité. Elle est riche de son peuple, de son histoire et de ses ressources. Ce qu’il lui manque, ce ne sont pas des slogans, mais des dirigeants intègres, des institutions solides et un peuple éveillé. Il est temps de tourner la page du cynisme.
Il est temps d’en finir avec la politique-spectacle, la politique-rente, la politique-cynisme. Notre génération ne peut plus rester spectatrice d’un jeu dont elle connaît déjà l’issue. La Guinée a besoin de bâtisseurs, pas de comédiens ; de patriotes, pas de profiteurs.
Comme le disait Frantz Fanon : « Chaque génération doit, dans une relative opacité, découvrir sa mission, la remplir ou la trahir. » La nôtre connaît sa mission : sortir la Guinée des griffes de l’instrumentalisation permanente et la réconcilier avec son destin républicain.
Brisons les masques, démasquons les impostures et reconstruisons, ensemble, un avenir politique où la loyauté envers le peuple ne sera plus une option mais une exigence.
Siriki Diaby dit Sphinx
Observateur libre.

