C’est une onde d’émotion qui s’est abattue sur toute la ville de Kissidougou, suite à l’attaque à main armée survenue nuitamment ce mardi 8 avril 2025, à Yardô, un village situé sur la route nationale Kankan-Kissidougou, à 40 km de la commune urbaine de Kissidougou.
C’est une attaque à main armée qui a visé un véhicule de transport urbain qui quittait Siguiri pour se rendre à Guéckédou ayant à son bord 16 passagers. Bilan: le chauffeur du véhicule tué par balle, une passagère grièvement blessée par balle et les passagers dépouillés de leurs biens.
Pour connaître la quintessence de cette attaque d’une rare cruauté, nous avons donné la parole à Aminata Keita, une rescapée âgée d’une vingtaine d’années. Elle raconte sa mésaventure sous le regard bienveillant des 16 autres passagers.
‘’Nous avons quitté Siguiri à 16 heures 40 minutes. Nous avons fait deux (2) escales respectivement à Kankan et à Tokounou. Quand on a quitté Tokounou, c’est en ce moment qu’on avait remarqué des motards derrière notre véhicule à travers les phares de leurs motos, mais personne n’a cru que c’était des bandits, car c’est une route qui est beaucoup pratiquée par les motards. Tout d’un coup, les 3 motos là ont dépassé notre véhicule et ils étaient assis 2 à 2 sur les 3 motos. Ils se sont approchés de notre chauffeur et lui ont demandé de garer le véhicule.
Alors, le chauffeur voyant leurs armes, a immobilisé le véhicule. On les a bien observés, ils étaient 6 bandits portant des cagoules, il y en avait un qui portait la tenue militaire et ils étaient armés de fusils. Ils parlaient le Poular et le soussou. Ils ont braqué leurs armes sur le chauffeur et lui ont intimé l’ordre de quitter derrière le volant et de rejoindre les passagers derrière. Après, un des bandits a démarré le véhicule. On était tous apeurés, mais le chauffeur nous a dit d’être calmes, que si les visiteurs là étaient des militaires, qu’ils allaient simplement faire le contrôle.
Entre-temps, on a vu un véhicule derrière nous et le chauffeur a sorti la tête pour les alerter que nous sommes l’objet d’une attaque des bandits. Alors, quand les assaillants ont entendu le chauffeur dire ça, directement, ils ont tiré sur lui à bout portant à deux reprises et ils ont tiré encore sur une dame au niveau de sa jambe. C’est en ce moment qu’ils ont conduit le véhicule quelque part dans la brousse, loin de la grande route à environ 2 kilomètres. Là, ils se sont mis à fouiller tous les passagers et ont pris tous les téléphones et de l’argent. Avant de partir, les bandits ont violemment bastonné le chauffeur à l’aide de leurs armes et puis, ils lui ont tendu un fusil lui intimant l’ordre de récupérer ce fusil et de se donner la mort lui-même. Le chauffeur leur a répondu en disant qu’il ne connaissait pas manipuler une arme à feu. Ils nous ont abandonnés en pleine forêt tout en fixant sur nos yeux les phares de leurs motos, nous empêchant de voir leur direction’’, a-t-elle raconté.

Continuant, la rescapée est revenue sur les circonstances du décès du chauffeur dans un village non loin des lieux de l’attaque.
‘’Après le départ des bandits, les deux blessés, à savoir, le chauffeur et la dame blessée, se lamentaient de douleur. On était tous inquiets pour leurs sorts. Alors, nous avons eu le courage de venir au bord de la grande route pour appeler au secours. Après plusieurs tentatives de faire arrêter un véhicule, finalement, on a eu quelqu’un qui a eu le courage de garer son véhicule et nous écouter. Il nous a aidés à faire sortir notre véhicule sur la grande route et son ami nous a conduit au village le plus proche. Malheureusement, là aussi, il n’y avait aucun centre de santé et d’ailleurs, les villageois n’ont même pas osé ouvrir leurs portes pour nous écouter, malgré nos appels au secours, ils avaient peur aussi.
Le chauffeur était devenu très affaibli et il perdait beaucoup de sang. Quand il a compris qu’il n’allait plus survivre, il nous a dicté le numéro de son patron, un certain Ousmane, qu’on a pu joindre à l’aide du téléphone de l’homme qui nous a secouru. Quelques instants après, on s’est rendu compte que le chauffeur a rendu l’âme. On était tous en pleurs après avoir constaté son décès. Vraiment, ce matin, nous sommes là à l’hôpital de Kissidougou, mais nous n’avons rien maintenant sur nous et on ne sait même pas comment joindre nos parents. Nous sommes inquiets’’, a-t-elle conclu dans une voix fuyante.
Depuis Kissidougou, Ousmane Nino SYLLA, pour Lerevelateur224.com.
