Depuis l’opération de déguerpissement très musclée dont elles ont été victimes le 05 janvier 2025, les femmes vendeuses basées au quartier Dounikônô, ne décolèrent pas contre les autorités préfectorales qu’elles accusent désormais d’acharnement ou de mauvaise foi. Ce climat de tension entre les deux camps a éclaté au grand jour dans la matinée de ce mardi 04 février 2025, jour de marché hebdomadaire de Kissidougou centre, lorsque le préfet Colonel Charles Kolipé Lamah a été hué par ces femmes en colère.

Tout a commencé très tôt ce matin, quand le préfet était venu vers ces femmes les intimant l’ordre de quitter la nouvelle place qu’elles occupent actuellement après leur déguerpissement. Sur le champs, cette démarche du colonel n’a pas été bien accueilli par les femmes qui ont exprimé leur agacement à travers des bruits assourdissants. Face à cette situation tendue, l’homme en treillis a voulu marquer son territoire en faisant intervenir un pick-up de la gendarmerie et dans la foulée, un commerçant a été brièvement interpelé avant d’être libéré quelques heures après.
Regroupées en masse sur les lieux, ces femmes vendeuses se disent victimes d’abus de pouvoir de la part du préfet. C’est le cas de dame Bintou Traoré, qui porte leur voix.

‘’Vous savez, nous les femmes vendeuses, nous ne comprenons rien dans cette affaire. Nous avions été très compréhensives au début quand on nous avait demandé de libérer les emprises et de reculer derrière les poteaux électriques. Aujourd’hui, nous nous trouvons actuellement dans les concessions dans le quartier, pour nous débrouiller, afin de chercher le quotidien. Mais ce matin, nous étions surprises de voir le préfet qui est venu encore nous dire de quitter là où nous sommes. La plupart des femmes qui revendent ici, ont contracté des prêts d’argent avec les microfinances et chaque mois elles doivent rembourser. Alors, si on nous empêche de mener nos activités de commerces, comment nous pourrions honorer nos engagements envers ces banques. Vous-même, il faut voir comment nous sommes coincées ici. C’est très loin des emprises. Nous pouvons dire que le cas de Dounikônô ressemble à un acharnement. Sinon, quand vous regardez le quartier Timbo, il y a même un marché qui passe devant la concession du maire. Mais là-bas, on ne dit rien. Encore, si vous prenez l’artère qui mène au stade préfectoral, là aussi, les emprises sont occupées. On se demande maintenant pourquoi cet acharnement contre nous, surtout que nous avons libéré les emprises ? Comment allons-nous faire (pleurs) ?’’, s’est-elle interrogée.
Continuant, la porte-voix des femmes n’a pas hésité à solliciter l’implication du Président Mamadi Doumbouya, pour sauver les femmes de Kissidougou, dit-elle.
‘’Depuis que le Président Doumbouya est venu au pouvoir, nous l’observons très bien et nous apprécions ce qu’il fait. Mais nous l’invitons à porter un regard sur les femmes de Kissidougou à cause de sa mère. En tout cas, je peux dire que les autorités de Kissidougou sont en train de fatiguer les femmes surtout le préfet. C’est pourquoi, au nom des femmes de Kissidougou, je demande humblement au chef de l’État de nous aider à avoir un marché des condiments pour nous les femmes au centre-ville, car les marchés qu’ils ont créé sont loin de la ville et ils ne sont pas bien fréquentés par les clients’’, a-t-elle sollicité.
Quant à docteur Facinet Camara, président du conseil de quartier Dounikônô, il appelle les femmes au calme et les rassure qu’une solution sera trouvée très prochainement.

‘’Je confirme qu’il y avait une certaine tension ici ce matin, mais avec les sensibilisations, nous avons calmé la situation. Vous savez, après le déguerpissement de janvier, nous avons déposé une requête au niveau du préfet, demandant à ce que les occupants des boutiques soient un peu réhabilités, c’est-à-dire, solliciter à ce qu’ils reprennent leurs activités dans le respect strict de la réglementation des emprises. Alors, c’est aujourd’hui à midi que le cabinet du préfet devrait nous recevoir pour échanger autour de ce dossier, parce que nous-mêmes, nous sommes conscients que cette situation donne une image négative à notre quartier et ça pourrait même être la cause de l’insécurité. Effectivement, le préfet nous a reçu et il nous a promis de lui accorder le temps de consulter ses conseillers avant de prendre une décision définitive concernant ces boutiques. Je rappelle qu’il y a des familles qui ont été affectées par ce déguerpissement, mais elles sont calmes et elles saluent notre démarche. Mais, le problème c’est les femmes étalagistes. Je leur demande de respecter les autorités et de comprendre que nous ne sommes pas contre elles. Sinon, la plupart de ces femmes ne sont pas de Dounikônô, elles viennent d’ailleurs’’, a-t-il déclaré.
En attendant, la situation reste palpable dans la cité, car jusque tard dans l’après-midi, le pick-up et quelques agents des forces de l’ordre étaient visibles sur les lieux.
Depuis Kissidougou, Ousmane Nino SYLLA, pour Lerevelateur224.com.
(+224) 610 454 552
